discours pour une retraite de 10 j

1er JOUR

Les difficultés initiales – l’objet de cette méditation – pourquoi la respiration est choisie comme point de départ – la nature de l’esprit – la raison des difficultés et comment les vaincre – les dangers à éviter.

Le premier jour, chacun se trouve confronté à d’énormes difficultés et beaucoup de désagréments : cela est dû, en partie, au fait que l’on n’est pas habitué à rester assis toute la journée à essayer de méditer, mais principalement au genre de méditation que vous avez commencé à pratiquer : la conscience de la respiration et rien d’autre.
Il serait plus facile et plus rapide de concentrer son esprit sans tous ces désagréments si, parallèlement à la conscience de la respiration, on commençait à répéter un mot, un mantra, le nom d’un Dieu, ou si l’on commençait à imaginer la forme d’une divinité. Mais vous êtes supposés observer seulement la respiration, telle qu’elle est naturellement, sans la contrôler : aucun mot ni forme imaginée ne doit être ajouté.
Ceci n’est pas autorisé car la finalité de cette méditation n’est pas la concentration de l’esprit. La concentration n’est qu’un moyen, une étape qui mène à un but plus élevé: la purification de l’esprit, éliminer toutes les impuretés mentales, les négativités intérieures, et ainsi, se libérer de toute souffrance, pour atteindre la pleine illumination.
Chaque fois qu’une impureté survient dans l’esprit, comme la colère, la haine, la passion, la peur etc …, on devient malheureux. Lorsqu’un évènement indésirable se produit, on devient tendu et noué intérieurement. Lorsqu’un évènement désiré ne se produit pas, à nouveau cela engendre de la tension à l’intérieur de soi. Tout au long de la vie, ce processus se répète, et finalement toute la structure mentale et physique n’est plus qu’un amas de nœuds gordiens. Et l’on ne se contente pas de garder cette tension pour soi-même, mais au contraire, on la communique à tous ceux que l’on rencontre. Ceci n’est certainement pas la meilleure manière de mener sa vie.
Vous êtes venus à ce cours de méditation pour apprendre l’art de vivre : comment vivre intérieurement de manière paisible et harmonieuse, et engendrer la paix et l’harmonie pour tous les autres; comment vivre de manière heureuse de jour en jour, tout en progressant vers le plus grand bonheur : un esprit tout à fait pur, un esprit plein d’amour désintéressé, de compassion, plein de joie à la vue du succès d’autrui, plein d’équanimité.
Pour apprendre l’art de vivre harmonieusement, il faut d’abord trouver la cause du manque d’harmonie. La cause se trouve toujours en soi et c’est pour cette raison qu’il vous faut explorer votre propre réalité. Cette technique vous aide à examiner votre propre structure mentale et physique, envers laquelle il y a tellement d’attachement, qui n’apporte que tensions et souffrance. Au niveau de l’expérience, il faut comprendre sa propre nature, mentale et physique; alors seulement peut-on ressentir ce qui existe au-delà de l’esprit et de la matière. C’est pourquoi c’est une technique de réalisation de la vérité, de réalisation de soi, en examinant la réalité de ce que l’on appelle le “moi”. Cette technique pourrait aussi être appelée la réalisation de Dieu, puisqu’après tout, Dieu n’est rien d’autre que vérité, amour, pureté.
L’expérience directe de la réalité est fondamentale. “Connais-toi toi-même” : de la réalité superficielle, apparente, grossière, aux réalités plus subtiles, jusqu’à la réalité la plus subtile concernant l’esprit et la matière. Lorsqu’on a fait l’expérience de cela, il est alors possible d’aller plus loin et de connaître la réalité ultime, qui est au-delà de l’esprit et de la matière.
Pour entamer ce voyage, la respiration est le point de départ approprié. Si vous utilisez un objet d’attention de votre propre création, imaginaire – un mot ou une forme – cela ne fera qu’aboutir à de plus grandes chimères, encore plus d’illusion; cela ne vous aidera pas à découvrir les réalités les plus subtiles vous concernant. Pour aller vers une vérité d’essence plus subtile, la vérité doit être le point de départ, une réalité apparente, grossière, telle que la respiration. De plus, si l’on utilise un mot ou la forme d’une divinité, la technique devient alors sectaire. Un mot ou une forme seront associés à une certaine culture, à une religion ou une autre, et qui vient d’un milieu différent les trouvera inacceptables. La souffrance est une maladie universelle. Le remède à cette maladie ne peut être sectaire; il doit être également universel. La conscience de la respiration répond à ce besoin. La respiration est commune à tous : tous peuvent consentir à l’observer. Chaque pas sur cette voie doit être complètement dépourvu de sectarisme.
La respiration est un outil pour explorer la vérité sur soi-même. En fait, au niveau expérimental, vous connaissez très peu de choses sur votre propre corps. Vous ne connaissez que son apparence extérieure, les parties et fonctions que vous pouvez contrôler consciemment. Vous ne connaissez rien des organes internes qui fonctionnent hors de votre contrôle, ou des cellules dont le corps tout entier est composé et qui changent à tout moment. D’innombrables réactions biochimiques et électromagnétiques se produisent continuellement à travers tout le corps, mais vous n’en avez pas connaissance.
Sur cette voie, tout ce que vous ne connaissez pas sur vous-mêmes doit vous devenir connu. Pour ce faire, la respiration vous aidera. Elle agit comme un intermédiaire entre ce qui est connu et ce qui est inconnu, parce que la respiration est une fonction du corps qui peut être soit consciente, soit inconsciente, intentionnelle ou involontaire. On commence par la respiration consciente, intentionnelle, pour continuer avec la conscience de la respiration naturelle, normale. Et de là, vous progresserez vers des vérités de plus en plus subtiles sur votre personne. Chaque pas est un pas vers la réalité; chaque jour, vous pénétrerez plus en profondeur afin de découvrir des réalités plus subtiles sur vous-mêmes, sur votre corps et votre esprit.
Aujourd’hui, on vous a demandé d’observer uniquement la fonction physique de la respiration, mais en même temps, chacun de vous a observé son esprit, parce que la nature de la respiration est fortement liée à l’état mental. Dès qu’il survient quelqu’impureté dans l’esprit, la respiration devient anormale, on commence à respirer plus rapidement, plus bruyamment. Quand l’impureté disparaît, la respiration redevient légère. La respiration peut donc aider à explorer la réalité non seulement du corps, mais aussi celle de l’esprit.
Une des réalités concernant l’esprit, dont vous avez commencé à faire l’expérience aujourd’hui, c’est qu’il a l’habitude de vagabonder sans cesse d’une chose à l’autre. Il ne veut pas s’arrêter sur la respiration, ou sur tout autre point d’attention : au lieu de cela, il s’active fébrilement.
Et où va l’esprit lorsqu’il vagabonde? Vous aurez remarqué par la pratique, qu’il vagabonde soit dans le passé, soit dans le futur. C’est la caractéristique habituelle de l’esprit : il ne veut pas se fixer sur le moment présent. En fait, il nous faut vivre dans le présent. Tout ce qui est passé est irrévocable; tout ce qui fait partie du futur demeure hors de notre portée, jusqu’au moment où cela devient le présent. Il est important de se souvenir du passé et de réfléchir au futur, mais uniquement dans la mesure où cela nous aide à affronter le présent. Pourtant, à cause de cette habitude solidement enracinée, l’esprit tente sans cesse de s’échapper de la réalité présente vers un passé ou un futur hors d’atteinte, et ainsi cet esprit sauvage demeure agité, malheureux. La technique que vous apprenez ici s’appelle l’art de vivre, et la vie ne peut réellement être vécue qu’au présent. C’est pourquoi la première étape est d’apprendre comment vivre le moment présent, en maintenant l’esprit sur une réalité présente : la respiration qui pénètre ou sort des narines en ce moment. Ceci est une réalité du moment présent, bien qu’elle soit superficielle. Lorsque l’esprit vagabonde, vous acceptez le fait qu’à cause de cette vieille habitude, il ait vagabondé, et cela, avec le sourire, sans aucune tension. Dès que l’on se rendra compte que l’esprit a vagabondé, naturellement, automatiquement, il reviendra à la conscience de la respiration.
Vous aurez facilement remarqué que l’esprit a tendance à s’évader dans des pensées liées soit au passé, soit au futur. Mais quel genre de pensées? Aujourd’hui vous avez constaté que parfois, les pensées surviennent sans ordre, sans queue ni tête. Un tel comportement mental est couramment considéré comme un signe de folie. Cependant vous avez tous constaté à présent que vous aussi êtes insensé, noyé dans l’ignorance, les illusions : moha. Même lorsqu’il y a une suite dans les pensées, elles ont pour objet quelque chose d’agréable ou de désagréable. Si c’est agréable, on commence à réagir en aimant, ce qui devient du désir, de l’envie : raga. Si c’est désagréable, on réagit en n’aimant pas, ce qui se transformera en aversion, haine : dosa. L’esprit est sans cesse plein d’ignorance, de désir et d’aversion. Toutes les impuretés proviennent de ces trois impuretés de base, et chacune nous rend malheureux.
Le but de cette technique est de purifier l’esprit, de le libérer de la souffrance en éliminant progressivement les négativités. C’est une opération qui vous fait aller dans les couches profondes de l’inconscient, afin de déceler et de supprimer les complexes sous-jacents. La toute première étape de la technique doit purifier l’esprit, et tel est le cas : en observant la respiration, vous avez commencé non seulement à concentrer votre esprit, mais aussi à le purifier. Peut-être au cours de cette journée n’y a-t-il eu que quelques instants au cours desquels votre esprit était parfaitement concentré sur la respiration, mais chacun de ces moments est doté d’un effet très puissant qui contribue à changer la vieille habitude de l’esprit. A cet instant, vous êtes conscients de la réalité présente, la respiration qui pénètre ou sort des narines, sans aucune illusion. Et vous ne pouvez pas désirer respirer plus, ou exprimer de l’aversion envers votre respiration. Vous observez simplement, sans réagir. A ce moment-là, l’esprit est libéré des trois impuretés de base, cela veut dire qu’il est pur. Cet instant de pureté au niveau de la conscience a un effet profond sur les vieilles impuretés accumulées dans l’inconscient. Le contact de ces forces positives et négatives produit une explosion. Quelques unes des impuretés cachées dans l’inconscient remontent au niveau conscient, et se manifestent par des problèmes mentaux ou physiques.
Lorsqu’on est confronté à une telle situation, on risque de s’agiter et d’augmenter les difficultés. Cependant, il serait sensé de comprendre que ce qui semble être un problème est en réalité un signe de réussite dans la méditation, une indication que la technique a en fait commencé à produire ses effets. L’opération dans l’inconscient est entamée et une partie du pus a commencé à sortir de la plaie. Bien que le processus soit désagréable, ceci est la seule façon de se débarrasser du pus, d’enlever les impuretés. Si vous continuez à travailler correctement, toutes ces difficultés diminueront progressivement. Ce sera de jour en jour un peu plus facile. Si vous travaillez, tous les problèmes s’effaceront petit à petit.
Personne d’autre ne peut faire ce travail à votre place; c’est vous seul qui devez travailler. Vous devez explorer la réalité à l’intérieur de vous-même. Vous devez vous-même vous libérer.

Quelques conseils sur la manière de travailler :

Durant les heures de méditation, méditez toujours à l’intérieur. Si vous essayez de méditer dehors, directement en contact avec la lumière et le vent, vous ne pourrez pas pénétrer dans les profondeurs de votre esprit. Pendant les pauses, vous pouvez aller dehors.
Vous devez rester dans les limites géographiques indiquées pour le cours. Vous effectuez une opération sur votre esprit; restez dans la salle d’opération.
Soyez résolus à rester pour toute la durée du cours, quelles que soient les difficultés que vous rencontriez. Quand des problèmes surgiront durant l’opération, souvenez-vous de cette ferme détermination. Partir au milieu d’un cours peut entraîner de fâcheuses conséquences.
De même soyez fermement déterminés à observer la discipline et les règles, dont la plus importante est la règle du silence. Veuillez aussi vous conformer à l’emploi du temps, et plus particulièrement, veuillez rester dans la salle pendant les heures de méditation de groupe, trois fois par jour.
Evitez les dangers tels que trop manger, vous permettre de succomber à la somnolence, et parler inutilement.
Travaillez exactement comme on vous le demande. Pendant la durée du cours, laissez de côté tout ce que vous avez lu ou appris ailleurs, sans pour cela condamner quoi que ce soit. Il est très dangereux de mélanger les techniques. Si quelque chose n’est pas clair pour vous, allez demander des explications à l’instructeur. Mais faites un essai loyal de cette technique; si vous le faites, vous obtiendrez des résultats étonnants.
Profitez au maximum du temps, de cette opportunité, de cette technique, afin de vous libérer des servitudes du désir, de l’aversion, de l’illusion, et d’apprécier la paix réelle, l’harmonie réelle, le bonheur réel.
Puissiez vous tous connaître le bonheur réel.

Puissent tous les êtres être heureux !

2ème JOUR

Définition universelle du péché et de la piété – l’Octuple Noble Sentier : sila et samadhi.

Le deuxième jour est terminé. Bien qu’il se soit légèrement mieux passé que le premier jour, des difficultés subsistent encore. L’esprit est si nerveux, agité, sauvage, comme un taureau ou un éléphant sauvage qui fait des ravages lorsqu’il pénètre là où habitent les hommes. Si un individu, plein de sagesse, apprivoise et dresse cet animal sauvage, alors toute l’énergie utilisée à des fins destructrices commence à se mettre au service de la société de manière constructive. De même, l’esprit, qui est bien plus puissant et dangereux qu’un éléphant sauvage, doit être apprivoisé et dressé; alors sa force, qui est immense, commencera à vous servir. Mais il vous faut travailler avec beaucoup de patience, de persévérance et de continuité. Le secret du succès tient à la continuité de la pratique.
Le travail incombe à chacun; personne ne peut le faire à notre place. Plein d’amour et de compassion, un être éclairé montre la façon de travailler, mais il ne peut porter personne sur ses épaules jusqu’au but final. Vous devez vous-mêmes faire la démarche, livrer votre propre bataille, travailler à votre propre salut. Bien sûr, dès que vous vous mettez au travail, vous bénéficiez de l’aide de toutes les forces du Dhamma, mais il vous faut néanmoins travailler. Vous devez parcourir vous-mêmes tout le chemin.
Comprenez ce qu’est la voie sur laquelle vous vous êtes engagés. Le Bouddha l’a décrite en termes très simples :

Abstenez-vous de toute mauvaise action,
n’accomplissez que de bonnes actions,
purifiez votre esprit;
voici ce qu’enseignent tous les Bouddhas.

C’est une voie universelle, que chacun peut accepter quels que soient son milieu, sa race, son pays. Mais le problème apparaît lorsqu’on définit le péché et la piété. Lorsque l’essence du Dhamma se perd, il devient une secte, et alors chaque secte donne une définition différente de la piété, telle que prendre une apparence extérieure particulière, exécuter certains rituels, ou détenir certaines croyances. Ce sont toutes des définitions sectaires, acceptables pour certains mais pas pour d’autres. Le Dhamma, quant à lui, donne une définition universelle du péché et de la piété. Toute action qui nuit aux autres, qui trouble leur paix et leur harmonie, est une action coupable et malsaine. Toute action qui vient en aide aux autres, qui contribue à leur paix et leur harmonie, est une action pieuse et saine. C’est une définition qui ne se rattache à aucun dogme, mais plutôt à la loi de la nature. Et selon la loi de la nature, on ne peut accomplir une action préjudiciable à autrui sans avoir auparavant produit une impureté mentale : colère, haine, peur etc …; et chaque fois que l’on produit une impureté, on devient malheureux, on souffre les tourments de l’enfer intérieur. De la même manière, on ne peut accomplir une action bénéfique à autrui sans avoir d’abord fait naître l’amour, la compassion, la bonne volonté; et dès que l’on commence à développer ces qualités mentales empreintes de pureté, on commence à jouir de la paix céleste intérieure. Lorsque vous aidez les autres, vous vous aidez aussi; lorsque vous nuisez aux autres, vous vous nuisez aussi. Ceci est le Dhamma, la vérité, la loi, la loi universelle de la nature.
La voie du Dhamma se nomme l’Octuple Noble Sentier, noble en ce sens que quiconque le parcourt deviendra une personne sainte, au cœur noble. Le sentier se divise en trois parties : sila, samadhi et pañña. Sila est la moralité : s’abstenir d’actions malsaines au niveau du corps et de la parole. Samadhi est l’action salutaire qui consiste à développer la maîtrise de son propre esprit. Il est utile de pratiquer les deux, mais ni sila ni samadhi ne peuvent extirper les impuretés accumulées dans l’esprit. Pour cela on doit s’engager dans la pratique de la troisième branche du sentier : pañña, le développement de la sagesse, de l’introspection qui purifie totalement l’esprit.
Trois parties du Noble Sentier sont contenues dans sila :
1 – Samma-vaca : la parole juste, la pureté de l’action vocale. Pour comprendre ce qu’est la pureté de language, on doit savoir en quoi consiste son impureté. Dire des mensonges pour tromper les autres, prononcer des paroles dures qui blessent les autres, médisance et calomnie, bavardage et jacasserie futiles font tous partie de l’action vocale impure. Lorsqu’on s’en abstient, le reste est la parole juste.
2 -Samma-kammanta : l’action juste, la pureté de l’action physique. Sur le chemin du Dhamma, il n’existe qu’un seul critère pour mesurer la pureté ou l’impureté d’une action, qu’elle soit physique, orale ou mentale : l’action vient-elle en aide ou nuit-elle aux autres? Ainsi, le meurtre, le vol, le viol ou l’adultère, s’enivrer au point de ne plus savoir ce que l’on fait, sont toutes des actions qui nuisent aux autres et aussi à nous-mêmes. Lorsqu’on s’abstient de commettre ces actions impures, le reste est l’action juste.
3 – Samma-ajiva : un moyen d’existence juste. Chacun doit subvenir à ses besoins et aux besoins de ceux qui sont à sa charge, mais si le moyen de subsistance nuit aux autres, ce n’est pas alors un moyen d’existence juste. Nous ne commettons peut-être pas nous-mêmes de mauvaises actions dans notre vie de tous les jours, mais il se peut que nous encouragions les autres à en commettre; si c’est le cas, notre moyen d’existence n’est pas juste. Par exemple, vendre de l’alcool, tenir une salle de jeux, vendre des armes, vendre des animaux vivants, ou de la chair animale, rien de tout cela ne constitue un moyen d’existence juste. Même dans les professions les plus respectables, si la motivation n’est que l’exploitation des autres, alors ce n’est pas un moyen d’existence juste. Si la motivation est de jouer son rôle en tant que membre de la société, et d’œuvrer dans l’intérêt général par ses talents et ses efforts, contre quoi on reçoit une juste rétribution pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses proches, alors c’est un moyen d’existence juste.
Un chef de famille, un laïc, a besoin d’argent pour subvenir à ses besoins. Le danger cependant, c’est que le fait de gagner de l’argent devienne un moyen de renforcer l’égo; on essaie d’amasser le plus possible pour soi-même, et on éprouve du mépris pour ceux qui gagnent moins. Une telle attitude nuit à autrui et à soi-même, parce que plus l’égo est fort, plus on s’éloigne de la libération. C’est pourquoi être charitable, partager une partie de ce que l’on gagne avec autrui constitue un aspect essentiel du moyen d’existence juste. Alors, on ne gagne pas de l’argent seulement pour son propre bénéfice, mais aussi pour celui des autres.
Si le Dhamma ne se réduisait qu’à des exhortations à s’abstenir de nuire à autrui, il n’aurait alors aucun effet. Intellectuellement on peut comprendre en quoi les actions malsaines sont dangereuses et en quoi les bonnes actions sont bénéfiques, ou on peut accepter l’importance de sila par esprit de dévotion pour ceux qui la prêchent. Pourtant on continue à commettre des mauvaises actions, parce qu’on n’a aucun contrôle sur l’esprit. D’où la deuxième branche du Dhamma, samadhi : développer la maîtrise de son propre esprit. Cela comprend trois autres parties de l’Octuple Noble Sentier :
4 – Samma-vayama : l’effort juste, l’exercice juste. En pratiquant, vous avez vu à quel point l’esprit est faible et chancelant, il vacille sans cesse d’un objet à un autre. Un tel esprit a besoin d’exercices pour se fortifier. Il existe quatre exercices pour fortifier l’esprit: lui ôter tous les défauts qu’il peut avoir, barrer le chemin à tous les défauts qu’il n’a pas, conserver et multiplier les bonnes qualités présentes, et l’ouvrir aux bonnes qualités qui lui manquent. Indirectement, par la pratique de la conscience de la respiration (Anapana) vous avez commencé à faire ces exercices.
5 – Samma-sati : la conscience juste, la conscience de la réalité du moment présent. Du passé, il ne peut y avoir que des souvenirs; pour le futur, il ne peut y avoir que des aspirations, des craintes, de l’imagination. Vous avez commencé à pratiquer samma-sati en vous efforçant de rester conscients de la réalité du moment présent, limitée à la zone des narines. Il vous faut développer la capacité de prendre conscience de la réalité tout entière, du niveau le plus grossier au niveau le plus subtil. Pour commencer, vous avez prêté attention à la respiration consciente et intentionnelle, puis à la respiration naturelle et légère, puis au contact de la respiration. Maintenant, votre attention va se tourner vers un objet encore plus subtil : les sensations physiques et naturelles de cette zone limitée. Il se peut que vous sentiez la température de la respiration, un peu fraîche lorsqu’elle entre, un peu plus chaude lorsqu’elle quitte le corps. En dehors de cela se produisent d’innombrables sensations qui ne sont pas liées à la respiration : chaleur, froid, démangeaison, pulsation, vibration, pression, tension, douleur, etc… Vous ne pouvez choisir de ressentir telle sensation, parce que vous ne pouvez pas créer les sensations. Observez simplement; demeurez simplement conscients. Le nom de la sensation n’a pas d’importance; ce qui est important c’est d’être conscient de la réalité de la sensation sans y réagir.
L’habitude de l’esprit consiste, comme vous l’avez vu, à se tourner vers le futur ou vers le passé, en produisant désir et aversion. En pratiquant la conscience juste, vous avez commencé à briser cette habitude. Cela ne veut pas dire qu’après ce cours vous oublierez complètement le passé, et ne songerez pas du tout au futur. En fait, jusqu’à présent, vous ne faisiez que gaspiller votre énergie en vous laissant entraîner inutilement vers le passé ou le futur, tant et si bien que lorsque vous deviez vous souvenir de quelque chose ou faire des projets, cela vous était impossible. En développant samma-sati, vous apprendrez à ancrer plus fermement votre esprit dans la réalité présente, et vous découvrirez qu’il vous est facile de vous souvenir du passé lorsqu’il le faut, et de prévoir le futur convenablement.
6 – Samma-samadhi: la concentration juste. La simple concentration n’est pas le but de cette technique; la concentration que vous développez doit avoir comme base la pureté. L’esprit peut se concentrer sur un objet de désir, d’aversion ou d’illusion, mais ce n’est pas samma-samadhi. Il faut prendre conscience de la réalité présente en soi-même, sans désir ni aversion. Soutenir cette attention de manière continue de moment en moment, c’est samma-samadhi.
En suivant scrupuleusement les cinq préceptes, vous avez commencé à pratiquer sila. En exerçant votre esprit à rester concentré sur un point, un objet réel du moment présent, sans désir ni aversion, vous avez commencé à développer samadhi. Maintenant, continuez à travailler assidûment pour aiguiser votre esprit, si bien que lorsque vous commencerez à pratiquer pañña, vous pourrez pénétrer dans les profondeurs de l’inconscient, pour déraciner toutes les impuretés qui y sont cachées, et goûter au véritable bonheur, le bonheur de la libération.

Puissent tous les êtres être heureux !

3ème JOUR

L’Octuple Noble Sentier : pañña – la sagesse reçue, la sagesse intellectuelle, la sagesse expérimentée – les kalapa – les quatre éléments – les trois caractéristiques : la non-permanence, la nature illusoire du moi, la souffrance – pénétrer la réalité apparente.

Le troisième jour est terminé. Demain après-midi, vous entrerez dans le domaine de pañña, la sagesse, la troisième partie de l’Octuple Noble Sentier. Sans la sagesse, la voie demeure incomplète.
La voie commence par la pratique de sila, c’est à dire s’abstenir de faire du tort aux autres; mais même si l’on ne nuit pas aux autres, on peut se faire du tort à soi-même en générant des impuretés dans son esprit. C’est pourquoi on s’entraîne à pratiquer le samadhi, apprendre à contrôler son esprit pour faire disparaître les impuretés qui sont apparues. Cependant, refouler les impuretés ne signifie pas nécessairement qu’on les élimine. Elles demeurent au niveau inconscient et se multiplient, en continuant à nous faire du tort. C’est pourquoi pañña est la troisième étape du Dhamma : il ne faut pas laisser libre cours aux impuretés ni les refouler, mais au contraire leur permettre de se manifester et de disparaître. Quand elles ont disparu, l’esprit en est libéré. Et lorsque l’esprit est purifié, sans aucun effort, on s’abstient de faire du tort à autrui, puisque par nature un esprit pur est plein de bienveillance et de compassion pour autrui. De même, sans aucun effort, on arrête de se faire du tort à soi-même. On peut donc mener une vie heureuse, une vie saine. Ainsi, chaque étape sur la voie doit nous mener à l’étape suivante. Sila a pour effet de développer samadhi, la bonne concentration; desamadhi découle le développement de pañña, la sagesse qui purifie l’esprit, pañña conduit au nibbana, la libération de toutes les impuretés, l’illumination totale.
Deux parties supplémentaires de l’Octuple Noble Sentier sont contenues dans pañña :

7 – Samma-sankappa : les pensées justes. Avant de pouvoir développer la sagesse en soi, il n’est pas nécessaire que tout le processus de la pensée s’arrête. Les pensées restent, mais la manière de penser diffère. Les impuretés qui sont à la surface de l’esprit commencent à disparaître grâce à la pratique de la conscience de la respiration. Au lieu d’avoir des pensées de d’avidité, d’aversion et d’illusion, on commence à avoir des pensées saines, des pensées sur le Dhamma, la façon de se libérer.
8 – Samma-ditthi : la compréhension juste. Ceci est véritablement pañña, comprendre la réalité telle qu’elle est, et non comme elle apparaît.

Il y a trois étapes dans le développement de pañña, la sagesse. La première est suta-maya pañña, la sagesse acquise en écoutant ou lisant les paroles d’autrui. Cette sagesse est très utile pour se mettre sur la bonne voie. Cependant à elle seule elle ne peut libérer, car en fait ce n’est qu’une sagesse empruntée. On l’accepte comme vraie, peut-être par confiance aveugle, ou peut-être par aversion, de peur que l’incrédulité ne mène en enfer, ou peut-être par désir, dans l’espoir que la croyance mène au paradis. Mais en tout cas, ce n’est pas notre propre sagesse.
La sagesse empruntée devrait mener à l’étape suivante : cinta-maya pañña, la compréhension intellectuelle. De manière rationnelle on examine ce qu’on a entendu ou lu, pour voir si c’est logique, pratique, bénéfique, auquel cas on l’accepte. Cette compréhension rationnelle est également importante, mais elle peut être très dangereuse si elle est considérée comme une fin en soi. Quelqu’un peut développer ses connaissances intellectuelles, et décider qu’il est par conséquent une personne pleine de sagesse. Tout ce qu’il apprend ne sert qu’à développer son ego; il est loin de la libération.
La fonction réelle de la compréhension intellectuelle est de mener à l’étape suivante: bhavana-maya pañña, la sagesse qui se développe en soi, au niveau expérimental. C’est la vraie sagesse. La sagesse d’emprunt et la compréhension intellectuelle sont très utiles si elles sont source d’inspiration et de motivation pour aborder l’étape suivante. Néanmoins, seule la sagesse expérimentée permet de nous libérer, car elle seule est notre propre sagesse, fondée sur notre propre expérience.
Un exemple pour illustrer les trois sortes de sagesse : un médecin prescrit un médicament à un malade. Celui-ci revient chez lui et, ayant grande foi en son médecin, récite chaque jour l’ordonnance; c’est suta-maya pañña. Mais il n’est pas satisfait et retourne chez le médecin afin de se voir expliquer pourquoi cette ordonnance est nécessaire et comment elle fonctionnera; c’est cinta-maya pañña. Finalement, l’homme prend le remède; et c’est seulement alors que la maladie disparaît. Les bienfaits ne proviennent que de la troisième étape, bhavana-maya pañña.
Vous êtes venus à ce cours pour prendre vous-mêmes le remède, afin de développer votre propre sagesse. Pour ce, vous devez comprendre la vérité au niveau expérimental. Il existe tellement de confusion dûe au fait que les choses apparaissent d’une manière complètement différente de leur vraie nature. Pour chasser cette confusion, il vous faut développer la sagesse expérimentée. Et en dehors de la structure du corps, on ne peut faire l’expérience de la vérité; on ne peut que l’intellectualiser. Par conséquent, vous devez apprendre à expérimenter la vérité en vous-mêmes, du niveau le plus grossier au niveau le plus subtil, afin de vous dégager de toutes les illusions, de tous les asservissements. Chacun sait que l’univers est en constant changement, mais la seule compréhension intellectuelle de cette réalité ne sera d’aucune utilité; il faut en faire l’expérience à l’intérieur de soi-même. Il est possible qu’un évènement traumatisant, comme la mort d’un proche ou d’un être aimé, nous force à affronter la dure réalité de la non-permanence, et l’on commence à développer la sagesse, on se rend compte qu’il est inutile de s’évertuer à obtenir des biens temporels, et de se quereller avec autrui. Mais bientôt, la vieille habitude de l’ego s’impose à nouveau, et la sagesse finit par disparaître, parce qu’elle ne s’appuyait pas sur l’expérience directe, personnelle. On n’a pas fait l’expérience de la réalité de la non-permanence à l’intérieur de soi.
Tout est éphémère, se manifeste et disparaît à chaque instant : anicca; mais la rapidité de ce processus crée l’illusion de la permanence. La flamme d’une bougie et la lumière d’une lampe électrique sont toutes deux en constant changement. S’il nous est possible, par nos propres sens, de découvrir le processus du changement, comme dans le cas de la flamme d’une bougie, alors nous pouvons briser l’illusion. Mais, comme dans le cas de la lumière électrique, où le changement est si rapide et continu que les sens ne peuvent le déceler, l’illusion est alors beaucoup plus difficile à briser. Il est possible de distinguer le mouvement continuel d’une rivière, mais comment comprendre qu’un homme qui se baigne dans cette rivière change à chaque instant ?
La seule façon de briser l’illusion, c’est d’apprendre à explorer à l’intérieur de soi et à expérimenter la réalité de sa propre structure physique et mentale. C’est ce que fit Siddhattha Gotama pour devenir un Bouddha. En laissant de côté toute idée préconçue, il s’est examiné afin de découvrir la vraie nature de la structure physique et mentale. En commençant au niveau de la réalité superficielle, apparente, il a pénétré vers le niveau le plus subtil, et il a découvert que toute la structure physique, tout le monde matériel, est composé de particules élémentaires, que l’on appelle en pali attha kalapa. Et il a découvert que chacune de ces particules est constituée des quatre éléments : la terre, l’eau, le feu, l’air, et de leurs caractéristiques afférentes. Il a constaté que ces particules sont les éléments de base qui constituent la matière, et qu’elles-mêmes se manifestent et disparaissent sans cesse, avec une extrême rapidité, des milliards de fois par seconde. En fait, il n’existe aucune solidité dans le monde matériel; il n’est autre que combustion et vibration. Les scientifiques modernes ont confirmé les constatations du Bouddha, et par des expériences, ils ont prouvé que tout l’univers matériel est composé de particules élémentaires qui naissent et disparaissent rapidement. Néanmoins, ces hommes de science ne se sont pas libérés de toute souffrance, car leur sagesse n’est qu’intellectuelle. Contrairement au Bouddha, ils n’ont pas fait l’expérience directe de la réalité, en eux-mêmes. Ce n’est que lorsqu’on commence à expérimenter personnellement la réalité de notre non-permanence, que l’on commence à se libérer de la souffrance.
Quand on développe en soi la compréhension d’anicca, un autre aspect de la sagesse se manifeste : anatta, l’absence de “je”, de “moi”. A l’intérieur de la structure physique et mentale, rien ne dure plus d’un instant, rien ne peut être identifié à un “moi” ou une âme immuable. Si en effet, une chose est “à soi”, il faut alors pouvoir la posséder, la contrôler, mais en fait, on ne peut même pas maîtriser son propre corps : il change sans cesse, se détruit, en dépit de nos souhaits.
Alors se développe le troisième aspect de la sagesse : dukkha, la souffrance. Si l’on tente de posséder quelque chose qui est hors de notre contrôle, et de s’y attacher, on se crée inévitablement de la souffrance. D’ordinaire, on identifie la souffrance à des expériences sensorielles déplaisantes, mais les expériences plaisantes peuvent également être cause de souffrance, si l’on s’y attache, puisqu’elles ne sont pas permanentes non plus. S’attacher à tout ce qui est éphémère entraîne inévitablement la souffrance.
Quand on aura bien compris anicca, anatta et dukkha, cette sagesse se manifestera dans la vie quotidienne. Tout comme on a appris à pénétrer en soi au-delà de la réalité apparente, dans les circonstances extérieures également on pourra percer la réalité apparente, ainsi que l’ultime vérité. Les illusions sont éliminées et on mène une vie heureuse, saine.
La réalité apparente, solide et intégrée, crée beaucoup d’illusions : par exemple, l’illusion de la beauté physique. Le corps n’apparaît beau que dans son intégralité. Chacune de ses parties prise séparément ne présente aucun attrait, aucune beauté : asubha. La beauté physique est une réalité superficielle, apparente, elle n’est pas la réalité ultime. Cependant le fait de comprendre la nature illusoire de la beauté physique n’entraînera aucune haine envers les autres. Lorsque la sagesse survient, l’esprit devient naturellement équilibré, détaché, pur, bienveillant envers autrui. Par l’expérience de la réalité en soi, on peut se débarrasser des illusions, des désirs et des aversions, et mener une vie paisible et heureuse.
Demain après-midi, vous entrerez pour la première fois dans le domaine de pañña lorsque vous commencerez la pratique de Vipassana. Ne vous attendez pas à voir dès le début toutes les particules élémentaires apparaître et disparaître à travers le corps. Au contraire, on commence par la vérité grossière, apparente, et en demeurant équanime, on pénètre peu à peu les vérités les plus subtiles, les vérités ultimes de l’esprit, de la matière, des facteurs mentaux, et finalement l’ultime vérité qui se situe au-delà de l’esprit et de la matière. Pour atteindre ce but, vous devez travailler vous-mêmes. Aussi, veillez fermement à votre sila, car c’est la base de la méditation, et continuez à pratiquer Anapana jusqu’à demain quinze heures; continuez à observer la réalité dans la région des narines. Continuez à aiguiser votre esprit afin qu’en commençant Vipassana demain, vous puissiez y pénétrer dans les niveaux les plus profonds, et éliminer les impuretés qui y sont cachées.
Travaillez patiemment, continuellement, avec persévérance, pour votre propre bien, votre propre libération.
Puissiez-vous tous parvenir à faire les premiers pas sur les chemins de la libération.

Puissent tous les êtres être heureux !

4ème JOUR

Questions sur la pratique de Vipassana – la loi du kamma – l’importance de l’action mentale – les quatre agrégats de l’esprit : conscience, perception, sensation, réaction – demeurer conscient et équanime, c’est la façon de se débarrasser de la souffrance.

Le quatrième jour est un jour très important. Vous avez commencé à vous plonger dans les eaux du Gange du Dhamma qui coule à l’intérieur de vous-même, en explorant la vérité sur vous-même au niveau des sensations du corps. Auparavant, l’ignorance faisait de ces sensations la source de la multiplication de votre souffrance, mais elles peuvent aussi être un moyen pour éliminer la souffrance. Vous avez fait un premier pas sur le chemin de la libération en apprenant à observer les sensations du corps et à demeurer équanime.
Voici quelques questions que l’on pose souvent au sujet de la technique :

Pourquoi déplacer son attention en suivant un certain ordre, et pourquoi cet ordre là?
On peut adopter n’importe quel ordre, mais il faut en suivre un. Sans cela, on risque de négliger certaines parties du corps, et ces parties resteront insensibles, dénuées de sensations. Les sensations existent à travers tout le corps, et dans cette technique, il est très important d’apprendre à en faire l’expérience sur le corps tout entier. Pour cela, il est très utile de suivre un certain ordre.
Si à quelqu’endroit du corps, vous n’avez aucune sensation, vous pouvez y maintenir votre attention pendant une minute. En réalité, il y a une sensation à cet endroit, comme sur chaque particule du corps, mais elle est d’une nature si subtile que votre esprit ne la remarque pas au niveau conscient, c’est pourquoi cette partie semble dénuée de sensation. Restez-y une minute, en observant calmement et de manière équanime. Ne vous mettez pas à désirer une sensation, ni à éprouver de l’aversion envers cette insensibilité. Sinon votre esprit perd son équilibre, et un esprit non équilibré est très obtus; il n’est certainement pas capable de faire l’expérience des sensations les plus subtiles. Mais si l’esprit demeure équilibré, il devient plus aiguisé et plus sensible, capable de ressentir des sensations subtiles. Observez cette partie du corps de manière équanime pendant une minute environ, pas plus. Si au bout d’une minute aucune sensation n’est apparue, continuez votre parcours, avec le sourire. Au tour suivant, restez à nouveau une minute; tôt ou tard, vous commencerez à percevoir des sensations à cet endroit comme sur tout le corps. Si vous y êtes resté une minute toujours sans rien ressentir, essayez alors de percevoir le contact de votre vêtement si la partie du corps est couverte, ou celui de l’atmosphère si elle est découverte. Commencez par ces sensations superficielles, et petit à petit vous en viendrez à ressentir les autres également.

Si l’attention est portée sur une partie du corps, et qu’une autre sensation survienne ailleurs, faut-il déplacer notre attention pour l’observer?
Non; continuez dans l’ordre. N’essayez pas d’arrêter les sensations sur d’autres parties du corps, vous ne pouvez pas le faire, mais n’y attachez aucune importance. N’observez chaque sensation que lorsque vous vous y arrêtez en suivant l’ordre. Autrement, vous allez sauter d’un endroit à l’autre, en oubliant beaucoup de parties du corps, et en n’observant que les sensations grossières. Vous devez vous exercer à observer toutes les différentes sensations sur chaque partie du corps, grossières ou subtiles, agréables ou désagréables, intenses ou faibles. Aussi, ne laissez jamais votre attention sauter d’un endroit à l’autre.

Combien de temps faut-il pour déplacer son attention de la tête aux pieds?
Cela dépend de chaque situation. Il vous est demandé de fixer votre attention à un certain endroit, et de continuer dès que vous percevez une sensation. Si l’esprit est suffisamment aiguisé, il sera conscient des sensations aussitôt arrivé à un endroit, et vous pouvez tout de suite continuer plus loin. Dans ce cas, il est possible d’aller de la tête aux pieds en dix minutes, mais il n’est pas conseillé d’aller plus rapidement pour le moment. Néanmoins, si l’esprit est paresseux, il se peut qu’il y ait beaucoup d’endroits où il faille attendre une minute environ avant qu’une sensation n’apparaisse. Dans ce cas, peut-être faut-il une demi-heure ou une heure pour déplacer l’attention de la tête aux pieds. Le temps utilisé pour faire un tour n’a pas d’importance. Continuez simplement à travailler patiemment, avec persévérance; vous y arriverez certainement.

De quelle dimension doit être la zone où l’on fixe son attention?
Prenez une zone de cinq à dix centimètres environ; ensuite continuez plus loin avec une surface similaire, et ainsi de suite. Si l’esprit est paresseux, prenez des surfaces plus grandes, par exemple tout le visage, ou toute la partie supérieure du bras droit; et essayez de réduire progressivement la surface sur laquelle se porte l’attention. En fin de compte, vous pourrez percevoir des sensations sur chaque particule du corps, mais pour l’instant, une surface de cinq à dix centimètres est suffisante.

Les sensations ne doivent-elles être perçues que sur la surface du corps, ou bien également à l’intérieur?
Parfois, un méditant perçoit des sensations à l’intérieur dès qu’il commence Vipassana; parfois au départ il n’a des sensations que sur la surface. Les deux sont correctes. Si des sensations apparaissent uniquement à la surface, continuez à les observer jusqu’à ce que vous ressentiez des sensations sur chaque partie à la surface du corps. Après avoir fait l’expérience de sensations partout en surface, vous commencerez alors à pénétrer à l’intérieur du corps. Progressivement, l’esprit deviendra capable de percevoir les sensations partout, à l’extérieur comme à l’intérieur, sur chaque partie de la structure physique. Mais au début, les sensations superficielles sont suffisantes.
A travers tout le champ sensoriel, la voie mène à la réalité finale, qui se trouve au-delà de l’expérience sensorielle. Si vous continuez à purifier votre esprit à l’aide des sensations, vous atteindrez alors certainement le stade ultime.
Lorsqu’on est ignorant, les sensations sont un moyen pour accroître sa propre souffrance, parce qu’on y réagit avec désir ou aversion. En fait, le problème naît, la tension se crée au niveau des sensations corporelles, c’est pourquoi il faut travailler à ce niveau pour résoudre ce problème, pour changer l’habitude de l’esprit. Il faut apprendre à prendre conscience de toutes les sensations différentes sans y réagir, en acceptant leur changement, leur nature impersonnelle. En agissant de la sorte, on peut faire cesser l’habitude des réactions aveugles, on peut se libérer de la souffrance.

Qu’est-ce qu’une sensation?
Tout ce que l’on ressent au niveau physique est une sensation : toute sensation corporelle naturelle, normale, ordinaire, qu’elle soit agréable ou désagréable, grossière ou subtile, intense ou faible. N’ignorez pas une sensation sous prétexte qu’elle est due aux conditions atmosphériques, ou au fait d’être assis pendant de longues heures, ou parce qu’elle est due à une ancienne maladie. Quelle que soit la raison, le fait est que vous éprouvez une sensation. Auparavant, vous essayiez de rejeter les sensations désagréables, et de retenir les sensations agréables. A présent, vous observez objectivement, sans vous identifier aux sensations.
C’est une observation qui se fait sans choix. N’essayez jamais de sélectionner les sensations; acceptez au contraire ce qui se manifeste de façon naturelle. Si vous recherchez quelque chose de particulier, quelque chose d’extraordinaire, vous vous créerez des difficultés, et ne pourrez pas progresser sur la voie. Le but de la technique n’est pas de faire l’expérience de quelque chose de spécial, mais plutôt de rester équanime face à n’importe quelle sensation. Auparavant, vous aviez des sensations similaires dans votre corps, mais vous ne le saviez pas au niveau conscient, et vous y réagissiez. Maintenant, vous apprenez à en être conscient et à ne pas réagir, à ressentir tout ce qui se passe au niveau physique, et à demeurer équanime.
Si vous travaillez de cette façon, toute la loi de la nature vous sera de plus en plus compréhensible. C’est ce que le mot Dhamma signifie : la nature, la loi, la vérité. Pour comprendre la vérité au niveau expérimental, il faut l’examiner au sein même de la structure du corps. C’est ce qu’a fait Siddhattha Gotama pour devenir un Bouddha, et il a bien compris, comme tous ceux qui travaillent comme lui le comprendront aussi, que dans tout l’univers, à l’intérieur comme à l’extérieur du corps, tout change sans cesse. Rien n’est un produit fini; tout est inclus dans le processus du devenir : bhava. Et vous comprendrez une autre réalité : rien ne se produit par hasard.
Chaque changement a une cause et un effet, et cet effet devient à son tour la cause d’un changement ultérieur, ce qui crée une chaîne sans fin de causes et d’effets. Une autre loi vous deviendra aussi évidente : à telle cause, tel effet; à telle semence, tel fruit. Sur le même sol, on a semé deux graines, une de canne à sucre, l’autre de neem, un arbre tropical très amer. Il naît de la graine de canne à sucre une plante douce en chacune de ses fibres, de la graine de neem une plante amère en chacune de ses fibres. On pourrait se demander pourquoi la nature est bonne vis-à-vis d’une plante et cruelle pour l’autre. En fait la nature n’est ni bonne ni cruelle, elle agit selon des règles établies. La nature permet à chaque graine de manifester son caractère propre. Si l’on sème des graines de douceur, on récoltera la douceur. Si l’on sème des graines d’amertume, on récoltera l’amertume. A telle graine, tel fruit; à telle action, tel résultat.
Le problème est qu’au moment de la récolte, on est très désireux de recueillir un fruit sucré, mais à la saison des semailles on est très insouciant et on plante des graines d’amertume. Si l’on veut des fruits sucrés, il faut planter la bonne sorte de graine. La prière ou l’espoir en un miracle est un leurre; on doit comprendre la loi de la nature et vivre en accord avec elle. Il faut faire attention à ses propres actions, car ce sont les graines qui correspondent à la qualité douce ou amère des fruits que l’on obtiendra.
Il existe trois sortes d’actions : physique, vocale et mentale. Celui qui apprend à s’observer se rend rapidement compte que l’action mentale est la plus importante, car c’est la semence, l’action qui donnera des résultats. Les actions vocales et physiques sont seulement des projections de l’action mentale, des instruments pour mesurer son intensité. Elles débutent en tant qu’action mentale, et par la suite cette action mentale se manifeste aux niveaux vocal et physique. Ainsi le Bouddha déclara-t-il : “Tout prend forme d’abord dans l’esprit, l’esprit est de prime importance. Tout ce dont on fait l’expérience est un produit de notre esprit. Celui qui fait quelqu’expérience n’est autre que le produit de son propre esprit. Si vous accomplissez une action vocale ou physique, avec comme base un esprit impur, alors la souffrance vous poursuivra tout comme la roue d’un char suit les bœufs qui y sont attelés. De même, si vous accomplissez quelqu’action vocale ou physique, avec un esprit pur, le bonheur vous poursuivra alors comme votre ombre.” La volonté mentale est de prime importance.
Dans ce cas, il faut savoir ce qu’est l’esprit et comment il fonctionne. Vous avez commencé à examiner ce phénomène par la pratique. A force de progresser, vous comprendrez que l’esprit comporte quatre parties principales ou “agrégats”.
Le premier s’appelle viññana, que l’on pourrait traduire par la conscience, ou cognition. Les organes des sens sont inopérants à moins d’être connectés à la conscience. Par exemple, si l’on est absorbé par une vision, il est possible qu’un son se produise sans qu’on l’entende, car toute la conscience est concentrée dans la vue. La fonction de cette partie de l’esprit est de connaître, de prendre simplement conscience, sans faire de distinction. Un son entre en contact avec l’oreille, et viññana enregistre uniquement le fait qu’un son s’est produit.
La partie suivante de l’esprit commence alors à entrer en action : sañña, la perception. Un son s’est produit et grâce aux expériences précédentes et à la mémoire, on le reconnaît : un son … des mots … des éloges … c’est bien; ou alors un son … des mots … des insultes … c’est mauvais. On l’évalue comme bon ou mauvais selon nos expériences précédentes.
La troisième partie de l’esprit se met immédiatement à l’œuvre : vedana, la sensation.
Dès qu’un son se produit, il y a une sensation sur le corps, mais lorsque la perception le reconnaît et l’évalue, la sensation devient agréable ou désagréable, en accord avec cette évaluation. Par exemple, un son s’est produit … des mots … des éloges … c’est bien, et l’on ressent une sensation agréable à travers le corps. Ou alors : un son s’est produit … des mots … des insultes … c’est mauvais, et l’on ressent une sensation désagréable à travers le corps. Les sensations apparaissent sur le corps et sont ressenties par l’esprit, c’est la fonction que l’on appelle vedana.
Puis la quatrième partie de l’esprit se met à fonctionner : sankhara, la réaction. Un son s’est produit … des mots … des éloges … c’est bien … sensation agréable, et on se met à l’aimer : “Ces éloges, c’est merveilleux! J’en veux encore!” Ou bien : un son s’est produit … des mots … des insultes … c’est mauvais … sensation désagréable, et on ne l’aime pas : “Je ne peux pas tolérer ces insultes, arrêtez!” Ce même processus s’accomplit pour chaque organe sensoriel : les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps. Pareillement, lorsqu’une pensée ou une idée est connectée à l’esprit, il se produit, de la même façon, une sensation sur le corps, agréable ou désagréable, et on réagit avec goût ou dégoût. Ce goût momentané se développe en désir intense, ce dégoût en aversion intense. On commence à former des nœuds au plus profond de soi-même.
Voici la vraie semence qui donnera des fruits, l’action qui donnera des résultats : sankhara, la réaction mentale. A chaque instant on plante cette graine, on réagit avec goût ou dégoût, désir ou aversion, et dès lors on se rend malheureux.
Il y a des réactions qui ont un effet très léger, et sont éliminées presqu’ instantanément; il y a celles qui provoquent un effet un peu plus important et sont éliminées après un court instant, et celles qui ont un effet très profond et nécessitent beaucoup de temps pour être éliminées. Au bout d’une journée, si l’on tente de se souvenir de tous les sankhara que l’on a engendrés, il nous en reviendra seulement un ou deux à l’esprit, qui ont provoqué la plus profonde impression pendant cette journée. De même à la fin d’un mois ou d’un an, on ne pourra se souvenir que d’un ou deux sankhara qui ont produit l’impression la plus profonde pendant cette période. Et à la fin de notre vie, que cela nous plaise ou non, le sankhara ayant eu le plus d’effet nous reviendra certainement à l’esprit; et la vie suivante commencera avec un esprit de même nature, avec les mêmes qualités de douceur ou d’amertume. Par nos actions, nous modelons notre futur.
Vipassana nous enseigne l’art de mourir : comment mourir paisiblement et harmonieusement. Et on apprend l’art de mourir en apprenant l’art de vivre : comment devenir maître du moment présent, comment ne pas générer de sankhara en cet instant présent, comment mener une vie heureuse ici et maintenant. Si le présent est bon, il est inutile de s’inquiéter pour le futur, qui est simplement issu du présent, et sera dès lors certainement bon.
La technique comporte deux aspects :
Le premier est de briser la barrière entre les niveaux conscient et inconscient de l’esprit. D’habitude, l’esprit conscient ignore tout de ce qui est expérimenté par l’inconscient. A la faveur de cette ignorance, les réactions ne cessent de se produire au niveau inconscient; avant qu’elles n’arrivent au niveau conscient, elles sont devenues si intenses qu’elles submergent facilement l’esprit. Par cette technique, l’esprit dans son ensemble devient conscient; l’ignorance disparaît.
Le deuxième aspect de la technique, c’est l’équanimité. On est conscient de tout ce que l’on expérimente, de chaque sensation, mais sans réagir, sans nouer de nouveaux nœuds de désir ou d’aversion, sans créer de souffrance pour soi-même.
Au début, quand vous vous asseyez pour méditer, la plupart du temps vous allez réagir aux sensations, mais viendra le temps où vous resterez équanime pendant quelques instants, malgré une douleur intense. De tels moments sont très puissants et changeront l’habitude de l’esprit. Progressivement, le stade viendra où vous pourrez sourire face à n’importe quelle sensation, sachant qu’elle est anicca, vouée à disparaître.
Pour atteindre ce stade, il vous faut travailler; personne d’autre ne peut le faire à votre place. Il est bon d’avoir fait le premier pas sur la voie; continuez à marcher à présent, pas à pas, vers votre propre libération.
Puissiez-vous tous connaître le véritable bonheur.

Puissent tous les êtres être heureux !

5ème JOUR

Les Quatre Nobles Vérités : la souffrance, la cause de la souffrance, l’élimination de la souffrance, la manière d’éliminer la souffrance – la chaîne de production conditionnée.

Cinq jours ont passé; il vous reste cinq jours pour travailler. Faites le meilleur usage des jours à votre disposition en travaillant assidûment, et en comprenant la technique correctement.
De l’observation de la respiration à l’intérieur d’une zone limitée, vous êtes passé à l’observation des sensations sur tout le corps. Quand on commence cette pratique, il est fort probable que l’on rencontre tout d’abord des sensations grossières, solides, intenses, désagréables, telles que douleur, pression, etc. Vous aviez déjà par le passé fait ce genre d’expériences, mais l’habitude de votre esprit était de réagir aux sensations, de se plonger dans le plaisir et de se noyer dans la douleur, sans échapper une seule minute à l’agitation. Vous apprenez à présent à observer sans réagir, à examiner les sensations objectivement, sans vous identifier à elles.
La douleur existe, le malheur existe. Pleurer ne pourra libérer personne de sa misère. Comment en sortir? Comment vivre avec?
Un docteur qui soigne un malade doit savoir de quelle maladie il s’agit, et quelle est la cause fondamentale de la maladie. S’il y a une cause, alors il doit y avoir un moyen de s’en sortir, en supprimant cette cause. Une fois la cause supprimée, la maladie sera automatiquement supprimée. C’est pourquoi il faut prendre des mesures pour éliminer la cause.
Tout d’abord, il faut accepter la réalité de la souffrance. La souffrance existe partout; c’est une vérité universelle. Mais cela devient une noble vérité quand on commence à l’observer sans réagir, car quiconque fait cela deviendra assurément un être noble et saint.
Quand on se met à observer la Première Noble Vérité, la vérité de la souffrance, alors la cause de la souffrance devient claire très rapidement, et ainsi on l’observe également; ceci est la Seconde Noble Vérité. Si la cause est supprimée, alors la souffrance est supprimée; ceci est la Troisième Noble Vérité : l’élimination de la souffrance. Pour parvenir à son élimination, il faut prendre des mesures; ceci est la Quatrième Noble Vérité : la manière de mettre fin à la souffrance en éliminant sa cause.
On commence par apprendre à observer sans réagir. Examinez la douleur dont vous faites l’expérience objectivement, comme si c’était la douleur de quelqu’un d’autre. Observez-la comme un scientifique qui poursuit une expérience dans son laboratoire. Quand vous échouez, essayez encore. Continuez à essayer, et vous constaterez que vous sortez petit à petit de votre souffrance.
Chaque être vivant souffre. La vie commence avec des pleurs; la naissance est une grande souffrance. Et quiconque est né est voué à rencontrer la souffrance de la maladie et de la vieillesse. Mais peu importe combien misérable est la vie, personne ne veut mourir, car la mort est une grande souffrance.
Toute sa vie durant on ne cesse d’être confronté à des choses que l’on n’aime pas, et séparé des choses que l’on aime. Des évènements indésirés se produisent, des évènements désirés ne se produisent pas, et l’on se sent malheureux.
Le simple fait de comprendre cette réalité au niveau intellectuel ne pourra libérer personne. Cela ne peut que donner l’inspiration nécessaire pour regarder au-dedans de soi, de manière à faire l’expérience de la vérité et à trouver la voie hors de la misère. C’est ce que fit Siddhattha Gotama pour devenir un Bouddha : il commença à observer la réalité à l’intérieur du cadre du corps comme un chercheur scientifique, allant de la vérité apparente, grossière, à une vérité plus subtile, jusqu’à la vérité la plus subtile. Il s’aperçut que chaque fois que l’on génère un désir, que ce soit de retenir une sensation agréable ou de se débarrasser d’une sensation désagréable, et que ce désir n’est pas comblé, alors la souffrance apparaît. Et il alla encore plus loin, au niveau le plus subtil, et il s’aperçut qu’avec un esprit tout à fait concentré, il devient alors clair que l’attachement aux cinq agrégats est souffrance. Intellectuellement, on peut comprendre que l’agrégat matériel, le corps, n’est pas “je”, n’est pas “mien”, mais simplement un phénomène impersonnel, changeant, qui échappe à notre contrôle; mais cependant, en réalité, on s’identifie au corps, et l’on produit énormément d’attachement à son égard. De même on produit de l’attachement envers les quatre agrégats mentaux : conscience, perception, sensation, réaction, et l’on s’y accroche comme étant “je”, “mon”, en dépit de leur nature constamment changeante. Pour des raisons de convention il nous faut utiliser les mots “je” et “mon”, mais quand on produit de l’attachement envers les cinq agrégats, on crée sa propre souffrance. Chaque fois qu’il y a attachement, cela s’accompagne de misère, et plus grand est l’attachement, plus grande est la misère.
Il y a quatre formes d’attachement que l’on ne cesse de produire dans la vie. La première est l’attachement à ses propres désirs, à l’habitude du désir. Chaque fois que le désir apparaît dans l’esprit, il s’accompagne d’une sensation physique. Bien qu’à un niveau profond une tempête d’agitation se soit levée, à un niveau superficiel on aime cette sensation et on souhaite qu’elle se perpétue. On peut comparer cela au fait de gratter une plaie : cela ne fait que l’aggraver, et pourtant on aime se gratter. De la même manière, dès qu’un désir est comblé, la sensation qui accompagnait ce désir disparaît également, et alors on invente un nouveau désir pour que la sensation puisse se perpétuer. On ne peut se passer de désirer, et on multiplie sa propre souffrance.

Un autre attachement est celui à “je, mon”, sans savoir vraiment ce qu’est ce “je”. On ne supporte aucune critique ni aucun mal fait à ce “je”. Et l’attachement s’étend jusqu’à inclure tout ce qui appartient à “je”, tout ce qui est “mon”. Cet attachement ne procurerait aucune souffrance si tout ce qui est “mien” pouvait durer éternellement, et si ce “je” pouvait aussi demeurer éternellement pour en jouir, mais la loi de la nature est telle que tôt ou tard l’un ou l’autre vont disparaître. L’attachement à ce qui est impermanent est voué à produire de la souffrance.
De même, on produit de l’attachement envers ses propres vues et croyances, et on ne peut en supporter aucune critique, ni même accepter que d’autres puissent avoir des vues différentes. On ne comprend pas que chacun porte des lunettes avec des verres de couleur, une couleur différente pour chacun. Il faut enlever ces lunettes pour être en mesure de voir la réalité telle qu’elle est, sans coloration, mais au lieu de cela chacun demeure attaché à la couleur de ses lunettes, à ses propres conceptions et croyances.
Un autre attachement encore est celui envers ses propres rites, ses rituels et pratiques religieuses. On ne peut comprendre que ce ne sont que des manifestations extérieures, qu’ils ne contiennent pas l’essence de la vérité. Si l’on montre à quelqu’un le moyen de faire directement l’expérience de la vérité au-dedans de lui-même, mais que cette personne continue à être attachée aux formes extérieures et vides, cet attachement produit en elle un tiraillement qui résulte en souffrance.
Toutes les souffrances de la vie, si on les examine de près, se révèleront provenir de l’une ou l’autre de ces quatre formes d’attachement. C’est ce que Siddhattha Gotama découvrit lors de sa quête de la vérité. Il continua cependant à explorer au plus profond de lui-même pour découvrir la cause première de la souffrance, pour comprendre comment fonctionne ce phénomène dans sa totalité, pour en retracer le cours jusqu’à sa source.
Il est évident que les souffrances de la vie : maladie, vieillesse, mort, douleur physique et morale, sont les conséquences inévitables de notre venue au monde. Mais quelle est la raison de la naissance? La cause immédiate est bien entendu l’union des parents, mais considérée dans une perspective plus large, la naissance survient à cause d’un processus en devenir sans fin qui englobe l’univers tout entier. Ce processus ne s’arrête pas même au moment de la mort : le corps continue à se décomposer, se désintégrer, tandis que la conscience se trouve associée à une autre structure matérielle, et continue à s’écouler, à devenir. Et pourquoi ce processus de devenir? Il devint tout à fait clair pour lui que la cause en est l’attachement que l’on produit. A cause de cet attachement, on génère de fortes réactions, des sankhara, qui impriment une marque très profonde dans l’esprit. A la fin de la vie, l’une des ces impressions va se manifester à l’esprit et donner l’élan nécessaire pour que le flot de la conscience continue.
Quelle est maintenant la cause de cet attachement? Il découvrit qu’il apparaît à cause des réactions momentanées qui nous font aimer ou ne pas aimer quelque chose. Quand on aime, cela se développe et devient du désir, et quand on n’aime pas cela devient de l’aversion, l’image inversée du désir, et tous deux se transforment en attachement. Et pourquoi ces réactions momentanées d’aimer ou de ne pas aimer? Quiconque s’observe découvrira que cela survient à cause des sensations corporelles. Chaque fois qu’une sensation agréable apparaît, on l’aime et on veut la retenir et la multiplier. Chaque fois qu’une sensation désagréable apparaît, on ne l’aime pas et on veut s’en débarrasser. Alors pourquoi ces sensations? Il est clair qu’elles se produisent à cause du contact entre l’un des sens et un objet sensoriel : contact des yeux avec une vision, des oreilles avec un son, de l’odorat avec une odeur, de la langue avec un goût, du corps avec quelque chose de tangible, de l’esprit avec une pensée ou une imagination. Dès qu’il y a contact, une sensation va apparaître, agréable, désagréable, ou neutre.
Et quelle est la raison de ce contact? De toute évidence, l’univers tout entier est plein d’objets sensoriels. Aussi longtemps que les six sens fonctionnent (les cinq sens physiques, accompagnés de l’esprit), ils sont voués à rencontrer leurs objets respectifs. Et pourquoi ces organes sensoriels existent-ils? Il est clair qu’ils sont des éléments inséparables du flot de l’esprit et de la matière; ils apparaissent dès que commence la vie. Et pourquoi y a-t-il le flot de l’esprit et de la matière? A cause du flot de la conscience, de moment en moment, d’une vie à la suivante. Et pourquoi ce flot de la conscience? Il découvrit qu’il apparaît à cause des sankhara, les réactions mentales. Chaque réaction donne un élan au flot de la conscience; ce flot continue à cause de la poussée imprimée par les réactions. Et pourquoi y a-t-il des réactions? Il s’aperçut qu’elles apparaissent à cause de l’ignorance. On ne sait pas ce que l’on fait, on ne sait pas comment on réagit, et c’est pourquoi on ne cesse de générer des sankhara. Aussi longtemps qu’il y aura ignorance la souffrance demeurera.
La source de ce processus de souffrance, la cause la plus profonde, est l’ignorance. De l’ignorance part la chaîne des évènements par lesquels on génère des montagnes de souffrance pour soi-même. Si l’ignorance peut être éliminée, la souffrance sera éliminée.
Comment cela peut-il être accompli? Comment peut-on briser la chaîne? Le flot de la vie, de l’esprit et de la matière, a déjà commencé. Se suicider ne résoudra pas le problème; cela ne fera que créer une souffrance supplémentaire. On ne peut non plus détruire les sens sans se détruire soi-même. Aussi longtemps que les sens existeront, il y aura contact avec leurs objets respectifs, et chaque fois qu’il y aura contact, une sensation apparaîtra sur le corps.
C’est donc là que l’on peut briser la chaîne, au niveau du maillon des sensations. Auparavant, chaque sensation donnait naissance à une réaction : aimer ou ne pas aimer, qui se transformait en profond désir ou aversion, en profonde souffrance. Mais maintenant, au lieu de réagir aux sensations, vous apprenez à les observer simplement avec équanimité, en comprenant : “cela aussi changera”. Ainsi, les sensations donnent naissance à la sagesse, à la compréhension d’anicca. On arrête la roue de la souffrance et on la fait tourner dans la direction opposée, vers la libération.
A chaque instant où l’on ne génère pas de nouveau sankhara, un ancien va remonter à la surface de l’esprit, et en même temps une sensation va se manifester sur le corps. Si l’on demeure équanime, celui-ci passera et une autre ancienne réaction va surgir à sa place. On continue à demeurer équanime envers les sensations physiques, et les anciens sankhara continuent à remonter et à passer, l’un après l’autre. Si par ignorance on réagit aux sensations, alors on multiplie les sankhara, on multiplie sa souffrance. Mais si l’on développe sa propre sagesse et que l’on évite de réagir aux sensations, la souffrance est éliminée.
La voie tout entière est un moyen de sortir de la misère. Par la pratique, vous verrez que vous cessez de former de nouveaux nœuds, et que les anciens se trouvent automatiquement dénoués. Pas à pas vous progresserez vers une étape où tous les sankhara responsables d’une nouvelle naissance, et donc de nouvelles souffrances, auront été extirpés : le stade de la libération totale, de la complète illumination.
Pour se mettre à travailler, il n’est pas nécessaire de se mettre à croire en l’existence de vies passées ou futures. Dans la pratique de Vipassana, le plus important c’est le présent. Ici-même, dans cette vie-même, on ne cesse de générer des sankhara, de se rendre malheureux. Il faut ici et maintenant briser cette habitude et commencer à sortir de sa souffrance.
Si vous pratiquez, un jour viendra certainement où vous pourrez dire que vous avez extirpé tous les anciens sankhara, que vous avez cessé d’en générer de nouveaux, et vous êtes ainsi libérés de toute souffrance.
Pour atteindre ce but, il vous faut vous-mêmes travailler. Aussi, travaillez assidûment pendant les cinq jours qui restent, pour sortir de votre souffrance, et pour éprouver la joie de la libération.
Puissiez-vous tous connaître le véritable bonheur.

Puissent tous les êtres être heureux !

6ème JOUR

L’importance de développer conscience et équanimité envers les sensations – les quatre éléments et leur relation avec les sensations – les quatre causes du surgissement de la matière – les cinq obstacles : envie, aversion, paresse mentale et physique, agitation, doute.

Six jours ont passé; il vous reste encore quatre jours pour travailler. En quatre jours, vous pouvez déraciner un certain nombre de complexes mentaux, et saisir la technique de manière à l’utiliser pendant toute votre vie. Si vous travaillez en comprenant correctement la technique et que vous apprenez à l’appliquer dans la vie de tous les jours, alors elle vous sera certainement très bénéfique. Aussi, essayez de comprendre la technique correctement.
Ceci n’est pas la voie du pessimisme. Le Dhamma nous apprend à accepter la dure réalité de la souffrance, mais il nous montre aussi comment en sortir. Pour cette raison même, c’est une voie pleine d’optimisme, qui se combine au réalisme, et aussi au “travaillisme”, au désir de travailler. Chacun, homme ou femme, doit travailler pour se libérer.
La voie tout entière fut expliquée en quelques mots :

” Tous les sankhara sont impermanents.”
Quand ceci est perçu avec pénétration,
on se détache alors de la souffrance;
ceci est la voie de la purification.

Ici le mot sankhara ne signifie pas seulement réactions mentales, mais aussi les résultats de ces réactions. Chaque réaction mentale est une graine qui donne un fruit, et toutes nos expériences dans la vie sont des fruits, des résultats de nos propres actions, c’est à dire de nos sankhara, passés ou présents. Cela signifie donc que : “Tout ce qui surgit, qui se constitue, disparaîtra, se désintégrera.” Le fait d’accepter cette réalité au niveau émotionnel, ou par dévotion, ou intellectuellement, ne purifiera pas l’esprit. Elle doit être acceptée de fait, en faisant l’expérience à l’intérieur de soi du processus d’apparition et de disparition. Si nous faisons l’expérience de la non-permanence de façon directe en observant nos propres sensations physiques, alors la compréhension qui en découle est une sagesse réelle, notre propre sagesse. Et à l’aide de cette sagesse nous nous libérons de la souffrance. Même si la douleur demeure, nous n’en souffrons plus. Au lieu de cela nous pouvons lui sourire parce que nous pouvons l’observer.
La vieille habitude mentale consiste à essayer de repousser les sensations douloureuses et retenir celles qui procurent du plaisir. Tant que nous jouons le jeu de plaisir-et-douleur, répulsion-attraction, l’esprit reste agité, et notre souffrance augmente. Mais dès que nous apprenons à observer objectivement, sans nous identifier aux sensations, alors le processus de purification se met en œuvre, et la vieille habitude qui consiste à réagir aveuglément et à multiplier notre propre malheur perd peu à peu de sa force et se brise. Il suffit que nous apprenions à observer.
Ceci ne veut pas dire que par la pratique de Vipassana nous devenions pour autant des “légumes” qui laisseraient passivement les autres leur nuire. C’est bien plutôt que nous apprenons à agir au lieu de réagir. Auparavant, la réaction était le moteur de notre vie, et la réaction est toujours négative. A présent nous apprenons à vivre correctement, à vivre une vie d’action saine et véritable. Au moment où une situation difficile se présente dans la vie, celui qui a appris à observer les sensations ne se laissera pas aller à une réaction aveugle. Au lieu de cela, il attendra quelques instants, conscient des sensations et équanime, et ensuite il prendra une décision et entreprendra une action de son choix. Une telle action ne peut être que positive, parce qu’elle est issue d’un esprit équilibré; ce sera une action créatrice, utile à soi-même et aux autres.
Peu à peu, en apprenant à observer de l’intérieur le phénomène de l’esprit et de la matière, nous nous dégageons du domaine des réactions, parce que nous nous dégageons du domaine de l’ignorance. Le schéma de l’habitude réactionnelle a pour base l’ignorance. Qui n’a jamais observé la réalité intérieure ne peut savoir ce qui se passe en profondeur, ne peut savoir s’il réagit avec désir ou aversion, ce qui génère des tensions qui rendent malheureux.
La difficulté provient du fait que l’esprit est bien plus impermanent que la matière. Les processus mentaux se produisent à une telle rapidité que nous ne pouvons les suivre à moins d’y avoir été entraînés. Ignorants de la réalité, nous continuons à croire que nous réagissons à des objets extérieurs tels que visions, sons, goûts, etc… Apparemment il en est ainsi, mais qui apprend à s’observer découvrira qu’à un niveau plus subtil la réalité est tout autre. L’univers extérieur tout entier n’existe pour une personne que si elle en fait l’expérience, c’est à dire lorsqu’un objet sensoriel rencontre un des organes des sens. Dès que le contact s’établit, il se produit une vibration, une sensation. La perception évalue la sensation comme bonne ou mauvaise, d’après les critères de nos conditionnements et expériences passés, de nos sankhara passés. Selon la nuance de l’évaluation, la sensation devient agréable ou désagréable, et selon le type de sensation, nous nous mettons à réagir en termes de “j’aime” ou “je n’aime pas”, de désir ou d’aversion. La sensation est le chaînon manquant entre l’objet extérieur et la réaction. Le processus tout entier se produit si rapidement que nous n’en sommes pas conscients; au moment où une réaction atteint le niveau de la conscience, elle s’est répétée et intensifiée des milliards de fois, et a gagné tant de force qu’elle peut facilement dominer l’esprit.

Siddhattha Gotama a atteint l’illumination en découvrant la cause première du désir et de l’aversion, et en les déracinant lorsqu’ils surgissent, au niveau de la sensation. Ce qu’il a lui-même réalisé, il l’a enseigné à d’autres. Il n’était pas le seul à enseigner qu’il fallait se libérer du désir et de l’aversion; bien avant cette époque, on enseignait cela en Inde. Les principes moraux ne sont pas non plus le propre des enseignements du Bouddha, ni le développement du contrôle de l’esprit. La sagesse aux niveaux intellectuel, émotionnel ou dévotionnel existait également avant le Bouddha. Le caractère unique de son enseignement réside ailleurs, en ce qu’il a identifié la sensation physique comme étant le point crucial où naissent désir et aversion, et au niveau duquel ils doivent être éliminés. Si on ne s’occupe pas des sensations, on ne travaille qu’à un niveau superficiel de l’esprit, pendant qu’en profondeur la vieille habitude réactionnelle continue d’opérer. En apprenant à prendre conscience de toutes les sensations qui se produisent à l’intérieur de soi et en restant équanime envers elles, on met fin aux réactions dès le départ : on échappe à la souffrance.
Ce n’est pas un dogme qu’il faut accepter aveuglément, ni une philosophie qu’il faut accepter intellectuellement. Il vous faut mener vos propres investigations pour découvrir la vérité. Acceptez-là comme vraie seulement après en avoir fait l’expérience. Entendre parler de la vérité a son importance, mais cela doit mener à une pratique concrète. Pour sortir de la souffrance, il faut mettre en pratique les enseignements du Bouddha et en faire soi-même l’expérience.
La structure entière du corps, expliqua le Bouddha, se compose de particules élémentaires, les kalapa, comprenant les quatre éléments et leurs caractéristiques inhérentes. Dans le monde extérieur comme intérieur, on constate aisément qu’il existe une matière solide : l’élément terre; liquide : l’élément eau; gazeuse : l’élément air; et que dans tous les cas, la température est présente : l’élément feu. Cependant, qui examine la réalité à l’intérieur de lui-même aura une compréhension plus subtile des quatre éléments. Le champ tout entier de la pesanteur, du lourd au léger, appartient au domaine de l’élément terre. La température, du froid extrême à la chaleur extrême, est du registre de l’élément feu. Le mouvement, de l’état en apparence statique au mouvement le plus ample, se rapporte à l’élément air. La qualité de cohésion, de liaison, est liée à l’élément eau. Un ou plusieurs éléments prédominent dans les particules, les autres éléments restent latents. Les sensations se manifestent tour à tour selon la variété d’élément qui prédomine dans ces particules. Si, à l’émergence des kalapa, l’élément feu prédomine, la sensation produite est celle de chaleur ou de froid, et il en va de même en ce qui concerne les autres éléments. C’est ainsi que toutes les sensations émergent dans le champ de la structure physique. Si on ignore cela, on donne des valeurs à ces sensations et on y réagit, créant ainsi de nouvelles souffrances. Mais quand on commence à faire preuve de sagesse, on comprend tout simplement que des particules élémentaires sont en train d’émerger avec la prédominance d’un élément ou d’un autre, et que tous ces phénomènes sont impersonnels, changeants et transitoires. Riche de cette compréhension, l’esprit garde son équilibre face à n’importe quelle sensation.
Au cours de l’observation de soi-même, la raison de l’émergence des kalapa devient évidente : ils sont produits par la nourriture que l’on donne au flot de la vie, le flot matériel et mental. Le flot matériel requiert de l’énergie matérielle, qui se présente sous deux formes : la nourriture que l’on ingère, et l’atmosphère dans laquelle on vit. Le flot mental requiert de l’énergie mentale, qui se présente aussi sous deux formes : un sankhara présent ou un sankhara passé. Si, au moment présent, on fournit l’énergie de la colère, aussitôt l’esprit se transforme en matière, les kalapa qui émergeront auront la prédominance de l’élément feu et la sensation ressentie sera celle de chaleur. Si l’énergie fournie est la peur, les kalapa générés à ce moment-là auront une prédominance de l’élément air et la sensation ressentie sera un tremblement; et ainsi de suite. La deuxième forme d’énergie mentale est un sankhara passé. Chaque sankhara est une graine qui donne un fruit, un résultat au bout d’un certain temps. Quelle qu’ait été la sensation éprouvée au moment où la graine a été plantée, cette même sensation émergera lorsque le fruit de ce sankhara arrivera à la surface de l’esprit.
Il est inutile d’essayer de déterminer quelle est celle parmi ces quatre causes qui est responsable de l’émergence d’une sensation particulière. Il nous suffit simplement d’accepter la sensation produite quelle qu’elle soit. Le seul effort consiste à observer sans générer de nouveau sankhara. Si on ne nourrit pas notre esprit avec une nouvelle réaction, une réaction passée va automatiquement porter ses fruits et se manifester par une sensation. On observe, et elle passe. On ne réagit toujours pas; un autre ancien sankhara doit donc porter ses fruits. De cette manière, en demeurant conscient et équanime, on permet aux anciens sankhara d’émerger et de disparaître, l’un après l’autre : on se dégage de la souffrance.
La vieille habitude qui consiste à générer de nouvelles réactions doit être éliminée, et on ne peut le faire que graduellement, grâce à une pratique répétée, grâce à un travail continu.
Bien sûr il y a des barrières, des obstacles sur le chemin : cinq ennemis puissants qui essaient de vous vaincre et de mettre fin à votre progrès. Les deux premiers sont le désir et l’aversion. Le but de la pratique de Vipassana est d’éliminer ces deux impuretés mentales fondamentales, pourtant elles peuvent se présenter même pendant notre méditation, et si elles envahissent l’esprit, le processus de purification s’interrompt. Il se peut que vous désiriez des sensations subtiles, ou même le nibbana; cela ne change rien. Le désir est un feu qui consume, peu importe le combustible; il vous emporte dans la direction opposée à la libération. De la même manière, il se peut que vous commenciez à développer de l’aversion pour la douleur dont vous faites l’expérience, et de nouveau vous vous égarez.
Un autre ennemi est la paresse, la somnolence. Vous avez dormi profondément toute la nuit, et pourtant lorsque vous vous asseyez pour méditer, vous avez sommeil. Cette envie de dormir vient des impuretés mentales qui seraient éliminées par la pratique de Vipassana et qui essaient donc de nous empêcher de méditer. Il faut lutter pour empêcher cet ennemi de vous terrasser. Respirez un peu plus fort, ou bien levez-vous, aspergez vos yeux d’eau froide, ou marchez un peu, puis rasseyez-vous.
Vous pouvez tout aussi bien ressentir une grande agitation, un autre moyen pour les impuretés de vous empêcher de pratiquer Vipassana. Toute la journée vous courez de-ci de-là et faites tout sauf méditer. Après cela vous vous rendez compte que vous avez perdu votre temps, et vous vous mettez à pleurer et à vous repentir. Mais sur la voie du Dhamma, il n’y a pas de place pour les larmes. Si vous commettez une erreur, allez la reconnaître devant un aîné en qui vous avez confiance, et prenez la résolution de veiller à ne pas commettre la même erreur dans le futur.
Pour finir, le doute est un ennemi redoutable, que ce soit le doute envers l’enseignant, envers la technique, ou envers sa propre capacité à la pratiquer. L’acceptation aveugle n’est d’aucun bénéfice, mais un doute incessant et irraisonné non plus. Tant que vous restez envahi de doutes, vous ne pouvez faire ne serait-ce qu’un pas sur la voie. Si quelque chose n’est pas clair pour vous, n’hésitez pas à venir voir votre guide. Parlez-en avec lui pour comprendre correctement. Si vous pratiquez comme on vous le demande, les résultats ne manqueront pas de se manifester.
La technique fonctionne, ni par magie ni par miracle, mais selon la loi de la nature. Quiconque se met à travailler selon la loi de la nature sortira à coup sûr du malheur; c’est là le plus grand miracle possible.
Un grand nombre de gens ont fait l’expérience des bénéfices de cette technique, pas seulement ceux qui sont venus voir le Bouddha en personne, mais aussi beaucoup au cours des siècles suivants, comme à notre époque. Si on pratique correctement, en s’efforçant de rester conscient et équanime, alors les couches d’impuretés accumulées par le passé vont certainement émerger à la surface de l’esprit, et disparaître. Le Dhamma donne des résultats merveilleux ici et maintenant, à condition que l’on travaille. Travaillez donc en toute confiance et connaissance de cause. Profitez au maximum de cette occasion de sortir complètement du malheur et de jouir d’une paix véritable.
Puissiez-vous tous connaître le véritable bonheur.

Puissent tous les êtres être heureux !

7ème JOUR

L’importance de l’équanimité envers les sensations subtiles aussi bien que les sensations grossières – la continuité de la conscience – les cinq “amis” : la foi, l’effort, la conscience attentive, la concentration, la sagesse.

Sept jours ont passé; il vous reste encore trois jours pour travailler. Mettez-les à profit en travaillant sérieusement et assidûment, en comprenant comment il faut pratiquer.
La technique offre deux aspects différents : la conscience attentive et l’équanimité. Il faut développer la conscience de toutes les sensations qui se produisent dans la structure corporelle, et en même temps, rester équanime envers ces sensations. Lorsqu’on demeure équanime, on s’aperçoit que, tout naturellement, tôt ou tard, les sensations commencent à apparaître à des endroits qui étaient insensibles, et que les sensations grossières, solides et désagréables se changent en vibrations subtiles. On commence à faire l’expérience d’un flux d’énergie très agréable à travers tout le corps. Le danger de cette situation est de considérer cette expérience de sensations plaisantes comme le but vers lequel on tend. En fait, la finalité de Vipassana n’est pas d’éprouver un certain type de sensations, mais plutôt de développer l’équanimité envers toutes les sensations. Celles-ci changent sans cesse, qu’elles soient grossières ou subtiles. Les progrès personnels sur cette voie ne peuvent être évalués qu’en fonction de l’équanimité développée envers chaque sensation. Même après avoir éprouvé un flux libre de sensations subtiles à travers le corps, il est très probable qu’une sensation grossière ou une région insensible se manifestent à nouveau quelque part. Ce ne sont pas des signes de régression, mais de progrès. Au fur et à mesure que l’on développe conscience et équanimité, on pénètre de plus en plus profondément dans l’esprit inconscient pour y déceler les impuretés qui y sont dissimulées. Aussi longtemps que ces complexes profondément enracinés demeureront dans l’inconscient, ils seront sans aucun doute source de souffrance dans le futur. La seule manière de les éliminer, c’est de les laisser parvenir à la surface de l’esprit et disparaître. Lorsque de tels sankhara profondément enracinés arrivent à la surface, la plupart s’accompagnent sur le corps de sensations désagréables, grossières, ou de zones dénuées de sensations. En continuant à observer sans réagir, la sensation disparaît et avec elle le sankhara dont elle est la manifestation.
Les sensations, grossières ou subtiles, ont toutes la même caractéristique de non-permanence. Une sensation grossière apparaît, semble rester un moment, mais disparaît tôt ou tard. Une sensation subtile survient et disparaît très rapidement, mais elle a toujours la même caractéristique. Aucune sensation n’est éternelle. Dès lors, il ne faudrait avoir ni préférence ni préjugés envers les sensations quelles qu’elles soient. Lorsqu’une sensation grossière et désagréable se produit, on l’accepte, sans en être affecté. Lorsqu’une sensation subtile et agréable se produit, on l’accepte, on l’apprécie même, mais sans transport extrême ni attachement. Dans tous les cas, il convient de comprendre la nature éphémère de toutes les sensations; il est alors possible de sourire quand elles surviennent et quand elle disparaissent.
L’équanimité doit être pratiquée au niveau des sensations du corps afin de réaliser un vrai changement dans sa vie. A chaque instant, des sensations se produisent dans le corps. En général, l’esprit conscient ne s’en aperçoit pas, mais l’esprit inconscient les ressent et y réagit avec désir ou aversion. Si l’on exerce l’esprit à devenir pleinement conscient de tout ce qui se passe au sein de la structure physique, tout en demeurant équanime, on brise alors la vieille habitude de réaction aveugle. On apprend à rester équanime dans chaque situation, ce qui permet de mener une vie heureuse et équilibrée.
Vous êtes ici pour apprendre la vérité sur vous-mêmes, pour comprendre ce phénomène, comment il est source de souffrance. L’être humain comporte deux aspects: matériel et mental, le corps et l’esprit. Tous deux doivent être observés. Mais on ne peut pas vraiment connaître son corps sans être conscient de ce qui s’y passe, et donc des sensations. De même, on ne peut observer l’esprit indépendamment de ce qui s’y manifeste, c’est à dire des pensées. Plus on apprend à connaître la vérité de l’esprit et de la matière, mieux on comprend que tout ce qui survient dans l’esprit s’accompagne d’une sensation physique. Les sensations sont d’une importance capitale pour faire l’expérience de la réalité du corps et de l’esprit, et c’est là que commencent les réactions. Afin d’observer la vérité sur soi-même et cesser de générer des impuretés mentales, il faut être conscient des sensations et demeurer équanime d’une manière aussi continue que possible.
Pour cette raison, pendant les derniers jours du cours, il vous faut travailler sans cesse, les yeux fermés, pendant les heures de méditation; mais pendant les périodes de repos aussi, vous devez essayer de maintenir conscience et équanimité au niveau des sensations. Accomplissez chaque action comme d’habitude, que ce soit marcher, manger, boire ou vous laver; ne ralentissez pas le rythme de l’action. Soyez conscient du mouvement physique du corps, et en même temps des sensations, si possible sur les parties du corps qui sont en mouvement, ou bien sur n’importe quelle autre partie. Demeurez conscient et équanime.
De même, lorsque vous vous couchez le soir, fermez les yeux et ressentez les sensations, n’importe où sur le corps. Si vous vous endormez avec cette conscience, lorsque vous vous réveillerez le matin, vous serez naturellement conscient des sensations. Il se peut que vous ne dormiez pas profondément, ou même que vous restiez éveillé toute la nuit. C’est très bien; à condition de rester couché en demeurant conscient et équanime. Cependant, si vous vous inquiétez de cette insomnie, vous créerez alors des tensions, et le lendemain vous serez épuisé. Il ne faut pas non plus se forcer à rester éveillé, en restant assis toute la nuit; ce serait aller à l’extrême. Si le sommeil vous vient, très bien; dormez. Si le sommeil ne vous vient pas, laissez votre corps se reposer en restant allongé, et laissez votre esprit se reposer en demeurant conscient et équanime.
Le Bouddha a dit : “Quand un méditant pratique ardemment, sans négliger un seul instant la conscience et l’équanimité envers les sensations, il développe la vraie sagesse, la compréhension parfaite des sensations.” Le méditant comprend comment qui manque de sagesse réagit aux sensations, et augmente sa souffrance. Il comprend également comment qui connaît la nature éphémère de toutes les sensations n’y réagit pas, et se dégage de la souffrance. Le Bouddha a dit encore : “Fort de cette compréhension profonde, le méditant est capable de faire l’expérience d’un état au-delà de l’esprit et de la matière : le nibbana.” On ne peut faire l’expérience dunibbana tant que les sankhara les plus pesants, ceux qui auraient mené à une vie future sous une forme d’existence inférieure où la souffrance est prédominante, n’ont pas été éliminés. Heureusement, lorsqu’on commence à pratiquer Vipassana, ce sont cessankhara-là qui apparaissent en premier lieu. Si l’on reste équanime, ils disparaissent. Quand tous ces sankhara sont éliminés, on fait naturellement l’expérience du nibbana pour la première fois. Après en avoir fait l’expérience, on est complètement transformé, au point de ne plus pouvoir accomplir un acte qui conduirait à une forme inférieure de vie future. Petit à petit, on progresse vers des stades de plus en plus élevés, jusqu’à ce que tous les sankhara qui mèneraient à une vie future dans le monde conditionné soient éliminés. Une telle personne est totalement libérée, c’est pourquoi le Bouddha conclut : “Qui a réalisé toute la vérité concernant l’esprit et la matière, à sa mort passe au-delà du monde conditionné, car il possède une compréhension parfaite des sensations.”
Vous avez fait un petit début sur cette voie en vous exerçant à développer la conscience des sensations à travers le corps. Si vous vous gardez d’y réagir, vous remarquerez que les anciens sankhara sont extirpés couche après couche. En demeurant équanime envers les sensations grossières et déplaisantes, vous allez ensuite faire l’expérience de sensations agréables, plus subtiles. Si vous continuez à rester équanime, vous atteindrez tôt ou tard le stade décrit par le Bouddha, au cours duquel le méditant, à travers la structure physique, ne ressent rien hormis le phénomène d’apparition-disparition. Toutes les sensations grossières, solides, se sont dissoutes; à travers le corps, il n’y a rien d’autre que des vibrations subtiles. Evidemment, ce stade est empreint de félicité, mais il n’est pourtant pas le but final, et il ne faut pas s’y attacher. Certaines impuretés grossières ont disparu, mais d’autres résident encore dans les profondeurs de l’esprit. Si l’on continue à observer de manière équanime, les sankhara plus profonds émergeront et disparaîtront les uns après les autres. Lorsqu’ils sont éliminés, on fait alors l’expérience d’un état qui ne connaît pas la mort, quelque chose qui est au-delà de l’esprit et de la matière, où rien ne naît et par conséquent où rien ne disparaît, le stade indescriptible du nibbana. Celui qui travaille correctement afin de développer conscience et équanimité atteindra certainement ce stade; mais chacun doit travailler.
Tout comme vous avez cinq ennemis, cinq obstacles qui vous empêchent de progresser sur la voie, vous avez aussi cinq amis, cinq facultés bénéfiques de l’esprit, qui vous aident et vous soutiennent. Si vous conservez force et pureté à ces amis, aucun ennemi ne pourra vous terrasser.
Le premier ami est la foi, la dévotion, la confiance. Sans confiance, on ne peut travailler, car on est toujours troublé par les doutes et le scepticisme. Cependant, une foi aveugle est un grand ennemi. Elle devient aveugle si l’on perd notre intelligence discriminatoire, la bonne compréhension de ce qu’est la véritable dévotion. On peut avoir foi en un dieu ou en une personne sainte, et si c’est une foi véritable et bien comprise, on se souviendra des bonnes qualités de cette personne, et on en sera inspiré pour développer ces mêmes qualités en nous. Une telle dévotion est positive et utile. Mais si l’on n’essaie pas de développer les qualités de la personne envers laquelle on ressent de la dévotion, c’est une foi aveugle et très malfaisante.
Par exemple, lorsqu’on prend refuge dans le Bouddha, il faut se rappeler les qualités du Bouddha, et travailler pour développer ces qualités en soi. La qualité essentielle d’un Bouddha, c’est l’illumination; dès lors, le refuge se trouve dans l’illumination, celle que l’on développe en soi. On rend hommage à quiconque a atteint le stade de l’illumination totale, c’est-à-dire qu’on donne de l’importance à cette qualité où qu’elle se manifeste, sans être lié à une secte ou une personne particulière. Et on fait honneur au Bouddha non par des rituels ou des cérémonies, mais en pratiquant son enseignement, en marchant sur la voie du Dhamma, depuis le premier pas, sila, jusqu’à samadhi, pañña, et nibbana, la libération. Quiconque est un Bouddha doit posséder les qualités suivantes. Il a éliminé tout désir, aversion, ignorance. Il a conquis tous ses ennemis, les ennemis intérieurs, c’est-à-dire les impuretés mentales. Il est parfait, non seulement du point de vue de la théorie du Dhamma, mais aussi de son application. Il prêche ce qu’il pratique, et il pratique ce qu’il prêche; il n’y a aucun décalage entre ses paroles et ses actes. Chacun de ses pas est correct, et mène dans la bonne direction. Il a tout appris sur l’univers tout entier, en explorant l’univers intérieur. Il déborde d’amour, de compassion, de sympathie envers les autres, et il ne cesse d’aider ceux qui s’égarent à trouver le droit chemin. Il est plein d’une équanimité parfaite. Si l’on travaille à développer ces qualités en soi afin d’atteindre le but final, prendre refuge dans le Bouddha a un sens.
De même, prendre le Dhamma comme refuge n’a rien à voir avec le sectarisme; il ne s’agit pas de se convertir d’une religion établie à une autre. Se réfugier dans le Dhamma, c’est en fait se réfugier dans la moralité, dans la maîtrise de son propre esprit, dans la sagesse. Pour qu’un enseignement soit le Dhamma, il faut également qu’il ait certaines qualités. D’abord, il doit être expliqué clairement, afin que tout le monde comprenne. Il doit être perçu directement par chacun, la réalité dont on fait soi-même l’expérience, et non quelque chose d’imaginé. Même la vérité du nibbana ne doit pas être acceptée avant d’en avoir fait l’expérience. Le Dhamma doit produire des résultats bénéfiques ici et maintenant, et non pas se réduire à de simples promesses de bienfaits dont on pourra profiter dans le futur. Il posède la qualité d’inviter à “aller voir”; voyez vous-même, essayez vous-même, n’acceptez pas aveuglément. Et une fois que l’on a essayé, fait l’expérience de ses bienfaits, on ne peut s’empêcher d’encourager et d’aider les autres à aller voir également. Chaque pas sur la voie conduit de plus en plus près du but final; aucun effort n’est gaspillé. Le Dhamma est salutaire au début, au milieu et à la fin. Enfin, toute personne normalement intelligente, de n’importe quel milieu, peut le pratiquer et faire l’expérience de ses avantages. En comprenant ce qu’il est réellement, si l’on prend le Dhamma comme refuge et que l’on commence à pratiquer, cette dévotion a un sens réel.
Pareillement, prendre le Sangha comme refuge n’a rien à voir avec le fait de s’engager dans une secte. Quiconque a marché sur la voie de sila, samadhi et pañña et a au moins atteint le premier stade de la libération, est devenu une personne sainte, est un Sangha. Il peut s’agir de n’importe qui, homme ou femme, quels que soient son apparence, couleur ou milieu; cela n’a pas d’importance. Si une telle personne est source d’inspiration pour nous et que l’on travaille en vue d’atteindre le même but, prendre le Sangha comme refuge a alors un sens, c’est une dévotion juste.
Un autre ami est l’effort. Tout comme la foi, il ne doit pas être aveugle. Sinon, on risque de travailler de façon erronée, et de ne pas obtenir les résultats escomptés. L’effort doit être accompagné d’une bonne compréhension de la manière de travailler; il sera alors très utile pour progresser. La conscience attentive est aussi un de vos amis. On ne peut être conscient que de la réalité du moment présent. Il est impossible d’être conscient du passé, on ne peut que s’en souvenir. Il est impossible de prendre conscience du futur, on ne peut avoir que des aspirations ou des craintes envers celui-ci. Il faut développer la capacité d’être conscient de la réalité qui se manifeste au moment présent. L’ami suivant est la concentration, maintenir la conscience de la réalité d’instant en instant, sans interruption. Elle doit être dépourvue d’imagination, de désir, d’aversion; ce sera alors la concentration juste. Le cinquième ami est la sagesse; non pas celle acquise en écoutant des discours, ou en lisant des livres, ou par analyse intellectuelle; il faut développer la sagesse intérieure, au niveau de l’expérience, car elle seule peut libérer. Et pour que cette sagesse soit véritable il faut qu’elle ait sa base dans les sensations physiques : demeurer équanime envers les sensations, en comprenant leur nature éphémère. C’est là l’équanimité au plus profond de l’esprit, qui permettra à chacun de rester équilibré même face aux vicissitudes de la vie quotidienne.
Toute la pratique de Vipassana consiste à nous permettre de vivre d’une manière juste, en assumant nos responsabilités, tout en maintenant un esprit équilibré, en demeurant soi-même calme et heureux et en rendant les autres calmes et heureux. Si vous ne laissez pas faiblir ces cinq amis, vous deviendrez parfait dans l’art de vivre, et vous mènerez une vie heureuse, saine et bonne.
Progressez sur la voie du Dhamma, pour votre propre bien et celui de tant d’autres.
Puissent tous les êtres souffrants trouver le pur Dhamma, pour se dégager de leurs souffrances et profiter du vrai bonheur.

Puissent tous les êtres être heureux !

8ème JOUR

La loi de la multiplication et son inverse, la loi de l’éradication; l’équanimité est le bien suprême; l’équanimité nous permet de mener une vie d’action véritable; en demeurant équanime nous nous assurons un avenir heureux.

Huit jours ont passé; il vous reste deux jours pour travailler. Pendant les jours qui restent, veillez à bien comprendre la technique afin de la pratiquer correctement ici et de l’utiliser dans votre vie quotidienne. Comprenez ce qu’est le Dhamma : la nature, la vérité, la loi universelle.
Il y a d’un côté un processus de constante multiplication, et de l’autre un processus d’éradication. Ceci fut bien expliqué en peu de mots :

En vérité, les choses conditionnées sont impermanentes,
qui par nature apparaissent et disparaissent.
Si elles apparaissent et sont éliminées,
leur éradication apporte le vrai bonheur.

Chaque sankhara, chaque conditionnement mental est impermanent, sa nature étant d’apparaître et de disparaître. Il disparaît mais apparaît de nouveau l’instant d’après et encore à nouveau. Si l’on acquiert la sagesse et commence à observer objectivement, le processus de multiplication cesse et le processus d’éradication commence. Un sankhara apparaît mais le méditant demeure équanime : le sankhara perd alors toute sa force et est éliminé. Couche après couche les anciens sankhara apparaîtront et seront éliminés pourvu que l’on demeure équanime. Plus les sankhara éliminés sont nombreux plus grand est le bonheur que l’on ressent, bonheur d’être libéré de la misère. Si tous les sankhara du passé sont éliminés, on jouit du bonheur illimité que procure la libération totale.
L’esprit a l’habitude de réagir et de multiplier les réactions. Qu’un évènement indésirable se produise et l’on génère un sankharad’aversion. En apparaissant dans l’esprit le sankhara s’accompagne d’une sensation physique désagréable. L’instant d’après, à cause de cette vieille habitude qui consiste à réagir, on génère à nouveau de l’aversion, dirigée en fait contre la sensation physique désagréable. Le stimulant extérieur de la colère est secondaire, en vérité on réagit à la sensation intérieure. La sensation désagréable nous fait réagir avec aversion, ce qui produit une autre sensation désagréable qui nous fait à nouveau réagir. C’est ainsi que commence le processus de la multiplication. Si l’on ne réagit pas à la sensation mais au contraire sourit et comprend sa nature passagère, on ne produit pas de nouveau sankhara et le sankhara qui est déjà apparu disparaît sans se multiplier. L’instant d’après, un autre sankhara du même type surgit des profondeurs de l’esprit : on demeure équanime et il disparaît. L’instant d’après un autre surgit : on demeure équanime et il disparaît. Le processus d’éradication a commencé.
Les processus que l’on observe à l’intérieur de nous se produisent aussi dans tout l’univers. Par exemple quelqu’un sème une graine de banian : de cette graine minuscule naît un arbre gigantesque qui porte des fruits innombrables chaque année de son existence. Et même après la mort de l’arbre ce processus continue parce que chaque fruit que porte l’arbre contient une ou plusieurs graines de la même qualité que la graine originelle d’où l’arbre poussa. Chaque fois que l’une de ces graines tombe sur un sol fertile, elle germe et donne un autre arbre qui produit à nouveau des milliers de fruits qui tous contiennent des graines. Fruits et graines, graines et fruits : un processus infini de multiplication. De la même manière on sème par ignorance la graine d’un sankhara qui tôt ou tard donnera un fruit également appelé sankhara et contenant également une graine exactement de même nature. Si l’on procure à la graine un sol fertile, elle germe et devient un nouveau sankhara et notre misère se multiplie. Cependant, si l’on jette les graines sur un sol rocailleux, elles ne peuvent germer : rien ne naîtra d’elles. Le processus de multiplication cesse et le processus inverse, le processus d’éradication, commence automatiquement.
Comprenez comment fonctionne ce processus. On a expliqué que le maintien du courant de la vie, de l’esprit et de la matière, requiert un certain combustible. Ce que l’on apporte au corps c’est la nourriture que l’on consomme, aussi bien que l’atmosphère dans laquelle on vit. Si l’on passe un jour sans manger, le courant de matière ne cesse pas aussitôt. Il continue en consommant les vieux stocks d’énergie contenus dans le corps. Lorsqu’est consommée toute l’énergie stockée, alors seulement le courant s’interrompt et le corps meurt.
Le corps n’a besoin de nourriture que deux ou trois fois par jour, mais le courant de l’esprit requiert un apport à chaque instant. Cet apport mental est le sankhara. A chaque instant le sankhara que l’on produit est responsable de la continuation du courant de conscience. L’esprit qui apparaît l’instant d’après est un produit de ce sankhara. A chaque instant, on génère un sankhara, source d’énergie pour la continuation du courant de conscience. Si à un moment quelconque on ne produit pas de nouveau sankhara, le courant ne cesse pas aussitôt : au lieu de cela il puise dans le stock d’anciens sankhara. Un ancien sankhara sera contraint à produire son fruit, c’est-à-dire à venir à la surface de l’esprit afin de soutenir le courant; il se manifestera en tant que sensation physique. Si l’on réagit à cette sensation on se remet à produire de nouveaux sankhara, à semer de nouvelles graines de misère. Mais si l’on observe la sensation avec équanimité, le sankhara perd sa force et est éliminé. L’instant d’après, un autre ancien sankhara doit apparaître pour nourrir le courant mental : à nouveau on ne réagit pas et à nouveau il est éliminé. Tant que l’on demeure conscient et équanime, les anciens sankhara viendront, couche après couche, à la surface et seront éliminés : c’est la loi de la nature.
Il faut faire soi-même l’expérience de ce processus en pratiquant la technique. Lorsque l’on voit que nos vieilles habitudes, nos vieilles souffrances ont été éliminées, on sait alors que le processus d’éradication fonctionne.
Il existe dans la métallurgie moderne une technique analogue. Pour raffiner à l’extrême certains métaux, pour les rendre ultra-purs, il faut éliminer ne serait-ce qu’une molécule étrangère sur un milliard. Ceci est obtenu en coulant le métal sous forme de barre et en fabriquant un anneau du même métal déjà raffiné au degré de pureté requis. On fait passer l’anneau autour de la barre, ce qui crée un champ magnétique qui repousse automatiquement les impuretés aux extrémités de la barre. En même temps toutes les molécules de la barre de métal s’alignent : la barre devient flexible, malléable et peut être travaillée. De même on peut considérer la technique Vipassana comme le passage d’un anneau de pure conscience autour d’une structure physique, éliminant les impuretés et produisant des bienfaits analogues.
L’attention et l’équanimité conduiront à la purification de l’esprit. La nature de nos expériences en chemin, agréable ou désagréable, n’est pas importante. Ce qui est important c’est de ne pas réagir avec du désir ou de l’aversion puisque tous deux ne créeront que de la misère. La seule norme pour mesurer notre progrès sur le chemin est l’équanimité que l’on a atteinte. Et cette équanimité doit se vivre au niveau des sensations corporelles si l’on veut atteindre les profondeurs de l’esprit et éliminer les impuretés. Si l’on apprend à être conscient des sensations et à demeurer équanime à leur égard, il devient facile de conserver notre équilibre également dans les situations extérieures.
On demanda un jour au Bouddha ce qu’est le bien véritable. Il répondit que le bien suprême est l’aptitude à garder l’équilibre de notre esprit malgré toutes les vicissitudes, les hauts et les bas, de la vie. On peut être confronté à des situations agréables ou douloureuses, à la victoire ou à la défaite, au profit ou à la perte, à la bonne ou à la mauvaise réputation : chacun est obligé de les rencontrer toutes. Mais peut-on sourire dans chaque situation, d’un vrai sourire qui vient du cœur? Si l’on a cette équanimité au plus profond de soi, on détient le vrai bonheur.
Si l’équanimité n’est que superficielle, elle n’aide pas dans la vie quotidienne. C’est comme si chacun avait en lui-même un réservoir de pétrole, d’essence : qu’une étincelle, le fruit d’une réaction passée, arrive, et il se produit immédiatement une énorme explosion, donnant naissance à des millions d’étincelles, de sankhara supplémentaires qui provoqueront un surcroît de feu, de souffrances futures. Par la pratique de Vipassana on vide le réservoir progressivement. Des étincelles causées par nos sankhara passés arriveront encore, mais quand elles arrivent, elles ne brûlent que le combustible qu’elles apportent avec elles : aucun combustible additionnel ne leur est fourni. Elles brûlent le peu de temps qu’il leur faut pour consommer le combustible qu’elles contiennent, et puis s’éteignent. Plus tard, en progressant sur le chemin, on commence naturellement à générer l’eau fraîche de l’amour et de la compassion, et le réservoir se remplit de cette eau. Alors, dès qu’arrive une étincelle, elle s’éteint : elle ne peut même pas brûler le peu de combustible qu’elle contient.
On peut très bien comprendre cela au niveau intellectuel et savoir qu’il faut tenir une pompe à eau prête à fonctionner au cas où un feu se déclare. Mais lorsqu’effectivement un feu éclate, on actionne la pompe à essence et provoque un incendie. Après coup on se rend compte de l’erreur mais on la répète la prochaine fois qu’un feu se déclare parce que notre sagesse n’est que superficielle. Si l’on possède une sagesse véritable, au plus profond de notre esprit, en cas de feu on n’y verse pas d’essence, sachant que cela ne ferait que du mal. Au contraire on y jette l’eau fraîche de l’amour et de la compassion, on aide ainsi autrui et on s’aide soi-même.
La sagesse doit se situer au niveau des sensations. Si vous vous entraînez à être conscient des sensations en toutes circonstances et à demeurer équanime à leur égard, rien ne peut prendre le dessus : vous observez sans réagir ne serait-ce que quelques instants. Puis, avec un esprit ainsi équilibré, vous décidez du cours d’action à adopter. Celle-ci ne peut être que correcte, positive, utile à autrui car elle est accomplie avec un esprit équilibré.
Il est des moments dans la vie où il faut agir avec fermeté. On a essayé d’expliquer quelque chose à quelqu’un gentiment, avec le sourire, mais cette personne ne peut rien comprendre excepté des paroles dures, des actions dures. C’est pourquoi l’on adopte un cours d’action, vocale ou physique, très ferme. Mais, avant cela, on doit s’examiner soi-même pour voir si notre esprit est équilibré et si l’on n’a réellement pour cette personne que de l’amour et de la compassion. S’il en est ainsi l’action sera utile; sinon elle n’aidera personne. On agit avec fermeté pour aider cette personne qui s’égare : avec cette base d’amour et de compassion on ne peut pas se tromper.
En cas d’agression, un méditant Vipassana s’emploiera à séparer agresseur et victime, par compassion non seulement pour la victime mais aussi pour l’agresseur. On se rend compte que l’agresseur ne sait pas combien il se fait du tort à lui-même. Comprenant cela, on essaye d’aider cette personne en l’empêchant d’accomplir des actes qui lui causeront de la souffrance dans le futur.
Prenez garde cependant à ne pas justifier vos actions seulement à posteriori. Vous devez examiner votre esprit avant d’agir : si votre esprit est plein d’impuretés, vous ne pouvez aider personne. Vous devez corriger les défauts qui sont en vous avant de pouvoir corriger les défauts des autres. D’abord vous devez purifier votre esprit en vous observant vous-même. Ensuite vous pourrez venir en aide au plus grand nombre.
Le Bouddha disait qu’il y a dans le monde quatre types de gens : ceux qui courent de l’obscurité à l’obscurité, ceux qui courent de la clarté à l’obscurité, ceux qui courent de l’obscurité à la clarté et ceux qui courent de la clarté à la clarté.
Pour une personne du premier groupe il n’y a alentour que malheur et obscurité; mais sa plus grande malchance est qu’elle n’a pas de sagesse. Chaque fois qu’elle subit un revers quelconque, elle ressent davantage de colère, davantage de haine, davantage d’aversion et elle reproche aux autres sa propre souffrance. Tous ces sankhara de colère et de haine ne lui apporteront que davantage d’obscurité, davantage de souffrance dans le futur.
Une personne du second groupe a ce que l’on appelle de l’éclat dans le monde : argent, situation, pouvoir; mais elle non plus n’a pas de sagesse. Par ignorance elle devient égoïste sans comprendre que les tensions de l’égoïsme ne lui apporteront que de l’obscurité dans le futur.
Une personne du troisième groupe est dans la même position que celle du premier : entourée d’obscurité; mais elle a de la sagesse et comprend la situation. Reconnaissant qu’elle est finalement responsable de sa propre souffrance, elle fait calmement et paisiblement ce qu’elle peut pour changer la situation mais sans aucune colère ni haine contre autrui; au contraire elle n’a que de l’amour et de la compassion pour ceux qui lui font du mal. Elle ne crée que clarté pour le futur.
Enfin une personne du quatrième groupe, tout comme celle du second, jouit de l’argent, d’une situation et du pouvoir, mais à la différence de celle du second groupe, elle est aussi remplie de sagesse. Elle utilise ce qu’elle a pour subvenir à ses propres besoins et aux besoins de ceux qui sont à sa charge, mais ce qui reste elle l’utilise pour le bien d’autrui, avec amour et compassion. De la clarté maintenant et aussi dans le futur.
On ne peut pas choisir de se trouver maintenant dans l’obscurité ou la clarté; cela dépend des sankhara de notre passé. Le passé ne peut pas être changé, mais on peut prendre le contrôle du présent en devenant maîtres de nous-mêmes. Le futur n’est que le passé plus ce que l’on ajoute dans le présent. Vipassana nous enseigne comment nous rendre maîtres de nous-mêmes en acquérant la conscience des sensations et l’équanimité à leur égard. Si l’on acquiert cette maîtrise dans l’instant présent, le futur sera automatiquement plein de clarté.
Mettez à profit les deux jours qui restent pour apprendre à vous rendre maître de l’instant présent, à vous rendre maître de vous-même. Continuez à croître dans le Dhamma, pour vous dégager de la misère et jouir du vrai bonheur ici et maintenant.

Puissent tous les êtres être heureux !

9ème JOUR

Application de la technique dans la vie quotidienne – les dix parami.

Neuf jours ont passé. Le moment est venu de parler de la manière d’utiliser cette technique dans la vie quotidienne. C’est d’une importance capitale. Le Dhamma est un art de vivre. Si vous ne pouvez pas le mettre en pratique dans la vie quotidienne, alors venir à un cours se réduit à l’accomplissement d’un rituel ou d’une cérémonie.
Dans la vie, nous sommes tous confrontés à des situations indésirables. Chaque fois qu’un événement indésirable se produit, nous perdons notre équilibre mental, et commençons à produire des négativités. Et lorsque des négativités surgissent dans l’esprit, nous devenons malheureux. Comment faire pour ne pas produire de négativités, pour ne pas créer de tensions? Comment conserver paix et harmonie?
Des sages qui ont entrepris l’exploration de la réalité intérieure de l’esprit et de la matière ont trouvé une solution au problème : chaque fois que des négativités surgissent dans l’esprit, quelle qu’en soit la raison, on devrait détourner ailleurs son attention. Par exemple en se levant, en buvant un peu d’eau, en se mettant à compter, ou à réciter le nom d’un dieu ou d’un saint auxquels on est dévoué. En détournant son attention, on sortira de ces négativités.
C’est une solution qui peut fonctionner. Mais d’autres explorateurs de la vérité intérieure sont allés au plus profond de la réalité, jusqu’à l’ultime vérité. Ces personnes éclairées se sont rendu compte qu’en détournant l’attention, on crée une enveloppe de paix et d’harmonie au niveau conscient, mais on n’a pas éliminé pour autant la négativité qui s’est manifestée. On n’a fait que la refouler. Au niveau inconscient, elle continue à se multiplier et à se renforcer. Tôt ou tard, cette négativité, telle un volcan endormi, entrera en éruption et submergera l’esprit. Tant que ces négativités demeurent, même au niveau inconscient, la solution n’est que partielle, temporaire.
Une personne complètement éclairée trouve la bonne solution : ne fuyez pas le problème; faites-lui face. Observez chaque impureté se manifestant au niveau mental. En l’observant, on ne la réprime pas, et on ne lui accorde pas non plus la liberté de s’exprimer et de blesser en parole ni en acte. Entre ces deux extrêmes, il y a le juste milieu : l’observation pure et simple. Lorsqu’on commence à l’observez, la négativité perd de sa force et disparaît sans imposer sa loi au mental. Et ce n’est pas tout, car une partie du vieux stock de ce même type d’impureté sera du même coup éliminé. Chaque fois qu’une impureté se manifeste au niveau de la conscience, notre vieux stock d’impuretés de même type surgit de l’inconscient, se rattache à l’impureté actuelle, et commence à se multiplier. Si on ne fait qu’observer, non seulement l’impureté actuelle, mais aussi une partie du vieux stock, sera éliminée. De cette manière, toutes les impuretés sont peu à peu éliminées, et on se libère de la souffrance.
Mais pour un individu normal, ce n’est pas facile d’observer une impureté mentale. Car on ne sait pas quand elle a commencé ni comment elle a submergé l’esprit. Au moment où elle atteint le niveau de la conscience, elle a bien trop de force pour qu’on l’observe sans réagir. Même si on essaie de le faire, il est très difficile d’observer une impureté de l’esprit abstraite : colère abstraite, peur ou passion abstraites. Notre attention est plutôt attirée par le stimulus extérieur de l’impureté, ce qui ne fait que la multiplier.
Cependant, des personnes éclairées ont découvert que chaque fois qu’une impureté se manifeste au niveau mental, deux choses commencent à se produire simultanément au niveau physique : la respiration devient anormale, et une réaction biochimique, c’est-à-dire une sensation, apparaît dans le corps. On avait découvert là une solution pratique. Il est très difficile d’observer les impuretés de l’esprit en tant qu’abstractions, mais avec un peu d’entraînement, on apprend bientôt à observer la respiration et les sensations, toutes deux étant les manifestations physiques des impuretés. En observant une impureté sous son aspect physique, on lui permet de se manifester et de disparaître sans causer de mal. On se libère de l’impureté.
Maîtriser cette technique prend du temps, mais avec la pratique on découvre peu à peu que, dans des situations où auparavant on aurait réagi de manière négative, on peut à présent garder de plus en plus son équilibre. Même si on réagit, la réaction ne sera pas aussi intense et prolongée qu’elle l’aurait été dans le passé. Le moment viendra où au cœur de la situation la plus provocante, on sera capable de tenir compte de l’avertissement donné par la respiration et les sensations, et de commencer à les observer, même pendant de courts instants. Ces courts instants d’auto-observation serviront d’amortisseur entre le stimulus externe et notre propre réaction. Au lieu de réagir aveuglément, l’esprit demeure équilibré et on peut agir de manière positive et venir en aide ainsi à soi-même et aux autres.
Vous avez fait un premier pas vers l’élimination de vos impuretés et le changement du mode de fonctionnement habituel du mental en observant les sensations à l’intérieur de vous-mêmes.
Depuis notre naissance, on nous apprend toujours à regarder à l’extérieur. On ne s’observe jamais et on est donc incapable d’aller au fond de ses problèmes. On cherche plutôt la cause de sa souffrance à l’extérieur, en rejetant la cause de son malheur sur les autres. On ne voit les choses que sous un seul angle, on en a une vision partielle qui ne peut être que déformée; et pourtant on considère cette manière de voir comme vérité absolue. Toute décision prise à la suite de cette information incomplète ne peut que nous nuire et nuire aux autres. Pour voir la vérité dans sa totalité, il faut la considérer sous plus d’un angle. C’est ce qu’on apprend à faire par la pratique de Vipassana : ne pas voir seulement la réalité extérieure, mais aussi intérieure.
A ne la considérer que sous un seul angle, on s’imagine que la souffrance est causée par les autres, par une situation extérieure. On consacre alors toute son énergie à vouloir changer les autres, à vouloir changer la situation extérieure. En fait, cet effort est vain. Celui qui a appris à observer la réalité intérieure se rend bien vite compte qu’il est entièrement responsable de sa souffrance ou de son bonheur. Par exemple, quelqu’un se fait insulter par un tiers et en est malheureux. Il accuse la personne qui l’a insulté d’être la cause de son malheur. En fait, celui qui l’a insulté fait son propre malheur en souillant son propre esprit. L’insulté a créé son propre malheur en réagissant à l’insulte, et ce faisant en souillant son propre esprit. Chacun est responsable de sa propre souffrance, personne d’autre. Lorsqu’on fait l’expérience de cette vérité, cette folie qui consiste à rejeter la faute sur les autres disparaît.
A quoi réagit-on? A une image que l’on s’est forgée, pas à la réalité extérieure. Lorsque l’on voit quelqu’un, l’image que l’on se fait de cette personne est colorée par les conditionnements passés. Les anciens sankhara influencent notre perception de chaque situation nouvelle. En raison de cette perception conditionnée, la sensation physique devient tour à tour agréable ou désagréable. Et en fonction du type de sensation, on génère une nouvelle réaction. Chacun de ces processus est conditionné par les anciens sankhara. Mais si on reste conscient et équanime vis à vis des sensations, l’habitude réactionnelle aveugle perd de sa force et on apprend à voir la réalité telle qu’elle est.
Lorsqu’on développe la capacité de voir les choses sous différents angles, alors si quelqu’un nous insulte ou se conduit mal de quelque manière, nous comprenons que cette personne se conduit mal parce qu’elle souffre. Dans cette perspective, on ne peut plus réagir de façon négative, mais seulement éprouver de l’amour et de la compassion envers la personne qui souffre, comme une mère en éprouverait pour un enfant malade. On veut alors aider cette personne à sortir de la souffrance. Ainsi on demeure paisible et heureux et on aide les autres à le devenir aussi. C’est le but du Dhamma : pratiquer l’art de vivre, c’est-à-dire éliminer les impuretés mentales et développer les bonnes qualités, dans notre intérêt et dans celui des autres.
Les bonnes qualités, les parami, que l’on doit perfectionner pour arriver au but final, sont au nombre de dix. Le but final est la totale absence d’égo. Ces dix parami sont des qualités qui peu à peu dissolvent l’égo, et ce faisant nous rapprochent davantage de la libération. Un stage de Vipassana offre l’occasion de développer ces dix qualités.
La première parami est nekkhamma : le renoncement. Qui devient moine ou nonne renonce à la vie de famille et vit sans possessions personnelles, jusqu’à mendier pour manger chaque jour. Tout ceci en vue de dissoudre l’égo. Comment un laïc peut-il développer cette qualité? Pendant un cours comme celui-ci, on a l’occasion de le faire, puisqu’on vit ici de la charité des autres. En acceptant ce qui nous est offert comme nourriture, hébergement et autres commodités, on développe peu à peu la qualité de renoncement. On fait le meilleur usage de ce que l’on reçoit ici, et on travaille assidûment pour purifier notre esprit, pas seulement pour notre propre bénéfice, mais aussi pour celui de la personne inconnue qui a fait un don pour nous.
La parami suivante est sila : la moralité. On essaie de développer cette parami en observant les cinq préceptes en toutes occasions, pendant le cours et aussi dans la vie quotidienne. De nombreux obstacles s’opposent à la pratique de sila dans la vie quotidienne. Mais ici, pendant le cours de méditation, en raison du programme bien rempli et de la discipline, on n’a pas l’occasion de manquer aux préceptes. Il y aurait un risque de dévier de la stricte observance de moralité seulement par l’usage de la parole. C’est pour cette raison qu’on fait vœu de silence pendant les neuf premiers jours de la session. De cette manière, au moins pendant la durée du cours, on observe sila parfaitement.
Viriya : l’effort, est une autre parami. Dans la vie quotidienne, on fait des efforts, par exemple pour gagner sa vie. Mais ici, l’effort consiste à purifier l’esprit en restant conscient et équanime. C’est un effort juste qui conduit à la libération.
Pañña : la sagesse, est une autre parami. Dans le monde extérieur, on peut avoir une certaine sagesse, mais c’est une sagesse qu’on acquiert en lisant des livres ou en écoutant les autres, ou par simple compréhension intellectuelle. La véritable parami de la sagesse est la compréhension qui se développe à l’intérieur de soi, grâce à sa propre expérience de méditation. On prend conscience directement par l’auto-observation de la non-permanence, de la souffrance et de l’absence d’égo. Grâce à cette expérience directe de la réalité, on se dégage de la souffrance.
Khanti : la tolérance, est une autre parami. Au cours d’un stage comme celui-ci où l’on travaille et vit ensemble dans un groupe, il peut arriver que l’on soit dérangé et agacé par les actes d’une autre personne. Mais bientôt on découvre que la personne qui nous gêne ne se rend pas compte de ce qu’elle fait, ou qu’elle est malade. L’agacement disparaît, et on n’éprouve plus que de l’amour et de la compassion pour cette personne. On a commencé à développer la qualité de tolérance.
Sacca : la vérité, est une autre parami. En pratiquant sila on s’engage à respecter la vérité au niveau vocal. Mais il faut aussi pratiquer sacca à un niveau plus profond. Chaque pas sur le chemin doit être un pas qui va dans le sens de la vérité, de la vérité la plus grossière, la plus apparente, jusqu’aux vérités plus subtiles, pour arriver à l’ultime vérité. Il n’y a pas de place pour l’imagination. On doit toujours rester avec la réalité dont on fait l’expérience au moment présent.
Addhitthana : la ferme détermination, est une autre parami. Lorsqu’on commence un stage Vipassana, on prend la détermination de rester pendant toute sa durée. On décide de se conformer aux préceptes, à la règle de silence, à toute la discipline du stage. Après l’introduction de la technique de Vipassana proprement dite, on prend la ferme résolution de méditer pendant l’heure entière que dure la méditation de groupe sans ouvrir les yeux, les mains ni les jambes. A un stade plus avancé sur la voie, cette parami sera très importante : lorsqu’on se rapproche du but final, on doit être prêt à rester assis sans interruption jusqu’à ce que la libération soit atteinte. C’est pour cela qu’il faut développer la ferme détermination.
Metta : l’amour pur et désintéressé, est une autre parami. Dans le passé, on essayait de ressentir de l’amour et de la bienveillance pour les autres, mais cela ne se passait qu’au niveau conscient de l’esprit. Au niveau inconscient, les vieilles tensions subsistaient. Lorsque l’esprit est purifié dans sa totalité, on peut alors, du plus profond de soi, souhaiter le bonheur des autres. Ceci est le véritable amour, qui vient en aide aux autres ainsi qu’à soi-même.
Upekkha : l’équanimité, est encore une autre parami. On apprend à préserver l’équilibre de son esprit non seulement lorsqu’on fait l’expérience de sensations grossières et désagréables, ou de zones insensibles sur le corps, mais aussi face aux sensations subtiles et agréables. Dans chaque situation on comprend que l’expérience du moment est impermanente et destinée à passer. Fort de cette compréhension, on demeure détaché, équanime.
Dana : la charité, le don, est la dernière parami. Pour un laïc, c’est la première étape essentielle du Dhamma. Un laïc a la responsabilité de gagner de l’argent par un mode de vie juste, pour subvenir à ses propres besoins et aux besoins de ceux dont il a la charge. Mais si on s’attache à l’argent que l’on gagne, on développe alors son égo. C’est pour cette raison qu’une partie de ce que l’on gagne doit être donnée au profit des autres. Si on fait cela, l’égo ne se développera pas, puisque cela sous-entend que l’on gagne de l’argent dans son propre intérêt et aussi dans l’intérêt des autres. On veut alors aider les autres de toutes les manières possibles. Et on découvre que la plus grande aide que l’on puisse apporter aux autres, c’est de leur apprendre à sortir de la souffrance.
Pendant un cours comme celui-ci, on a une merveilleuse occasion de développer cette parami. Tout ce qu’on reçoit ici provient d’un don fait par une autre personne; il n’est rien demandé pour le lit et le couvert, et encore moins pour l’enseignement. Chacun, à son tour, peut faire un don au profit de quelqu’un d’autre. Ce que l’on donnera sera en fonction de ses moyens. Quelqu’un d’aisé souhaitera naturellement donner davantage, mais même le don le plus modeste, s’il est fait de plein gré, œuvrera beaucoup pour le développement de cette parami. Sans rien attendre en retour, on donne pour permettre à d’autres de faire l’expérience des bienfaits du Dhamma, et leur permettre de sortir de leur souffrance.
Ici vous avez l’occasion de développer les dix parami sans exception. Lorsque vous aurez porté à perfection toutes ces bonnes qualités, vous atteindrez le but final.
Continuez à pratiquer pour les développer petit à petit. Continuez à avancer sur le chemin du Dhamma, pas seulement dans votre propre intérêt, mais aussi dans l’intérêt et pour la libération de beaucoup d’autres.
Puissent tous les êtres qui souffrent trouver le pur Dhamma et être libérés.

Puissent tous les êtres être heureux !

10ème JOUR

Révision de la technique.

Dix jours ont passé. Revoyons ce que vous avez fait pendant ces dix jours. Vous avez commencé en prenant comme refuge le Triple Joyau, c’est-à-dire le Bouddha, le Dhamma et le Sangha. Ce faisant, vous n’avez pas été converti d’une religion établie à une autre. Dans Vipassana, la conversion est simplement de la misère au bonheur, de l’ignorance à la sagesse, de l’esclavage à la libération. L’enseignement tout entier est universel. Vous ne prenez pas comme refuge une personne, un dogme ou une secte, mais la qualité de l’illumination. Celui qui découvre le chemin de l’illumination est un Bouddha. Le chemin qu’il découvre s’appelle le Dhamma. Tous ceux qui suivent ce chemin et atteignent l’état de sainteté sont appelés Sangha. Inspirés par de tels êtres, on prend comme refuge le Bouddha, le Dhamma et le Sangha, afin de parvenir au même but : la pureté de l’esprit. Le refuge est en vérité dans la qualité universelle de l’illumination que chacun cherche à développer en soi.
Simultanément, en toute personne qui progresse sur le chemin, va naître un sentiment de gratitude et la volonté de servir autrui sans rien attendre en retour. Ces deux qualités furent remarquables en Siddhattha Gotama, le Bouddha historique. Il atteignit l’illumination totale par ses propres efforts, et néanmoins, plein de compassion envers tous les êtres, il chercha à enseigner aux autres la technique qu’il avait découverte.
D’identiques qualités vont apparaître chez tous ceux qui pratiquent cette technique et ont supprimé, jusqu’à un certain point, leurs habitudes égoïstes. Le vrai refuge, la vraie protection, est le Dhamma que vous développez en vous-mêmes.
De plus, avec l’apprentissage du Dhamma, se développe un sentiment de gratitude envers le Bouddha Gotama pour avoir trouvé et enseigné cette technique, et envers ceux qui, avec altruisme, conservèrent à l’enseignement sa pureté originelle tout au long des vingt-cinq siècles passés.
En comprenant bien cela, vous avez pris refuge dans le Triple Joyau. Puis vous avez pris cinq préceptes. Ce n’était pas un rite ni un rituel. En adoptant ces préceptes et en les observant, vous avez pratiqué sila, la moralité, l’éthique, qui est le fondement de cette technique. Sans solide fondation, l’entière structure de la méditation serait fragile. Sila également est universelle, non sectaire. Vous vous êtes engagés à vous abstenir de toutes actions physiques et vocales qui pourraient troubler la paix et l’harmonie d’autrui. Celui qui manque à ces préceptes doit d’abord produire dans son esprit beaucoup d’impureté, qui va détruire sa propre paix, son harmonie. Du niveau mental, cette impureté se développe et progresse jusqu’à s’exprimer oralement ou physiquement. Avec Vipassana, vous essayez de purifier votre esprit pour qu’il devienne réellement calme et paisible. Vous ne pouvez pas travailler à purifier votre esprit tout en continuant à accomplir des actions qui l’agitent et le souillent.
Mais comment sortir du cercle vicieux dans lequel l’esprit agité engendre des actions impures qui l’agitent encore plus? Un cours de Vipassana procure cette opportunité. Grâce au programme chargé, à la stricte discipline, au vœu de silence et à l’atmosphère propice qui vous entoure et vous aide, il est improbable que vous ne respectiez pas ces préceptes. Ainsi pendant ces dix jours, vous êtes à même de pratiquer sila, et sur cette base développer samadhi, qui à son tour devient la base de l’introspection, qui vous permet de pénétrer les profondeurs de l’esprit et de le purifier.
Vous avez entrepris l’observance des cinq préceptes pendant ce cours pour être en mesure d’apprendre cette technique. L’ayant apprise, celui qui décide d’accepter et de pratiquer le Dhamma doit respecter ces préceptes tout au long de sa vie.
Ensuite, vous vous en êtes remis au Bouddha et à votre enseignant pour les dix jours du cours. S’en remettre ainsi était dans le but de faire un essai loyal de cette technique. Seul qui s’en remet en toute confiance peut travailler en s’investissant de toutes ses forces. Qui est envahi de doutes et de scepticisme ne peut travailler correctement. Cependant s’en remettre ne veut pas dire développer une foi aveugle, ce qui n’aurait rien à voir avec le Dhamma. Si quelque doute vous venait à l’esprit, vous avez été encouragés à venir voir l’enseignant aussi souvent que nécessaire pour le dissiper.
Il vous a été demandé de vous en remettre également à la discipline et à l’emploi du temps du cours. Ils ont été fondés sur la base de l’expérience de milliers d’étudiants, pour vous permettre de travailler sans discontinuer afin de bénéficier pleinement de ces dix jours.
Vous avez accepté de vous en remettre et de travailler exactement comme il vous l’a été demandé. Quelles que soient les techniques pratiquées par le passé, il vous a été demandé de les laisser de côté pour la durée du cours. Vous avez pu profiter de la technique et juger de sa valeur seulement en la pratiquant de manière exclusive et exacte. En revanche, mélanger les techniques aurait pu vous occasionner de sérieuses difficultés.
Puis vous avez commencé votre travail en pratiquant la méditation Anapana, afin de développer la maîtrise de l’esprit, la concentration,samadhi. Il vous a été demandé d’observer simplement la respiration naturelle, sans l’utilisation de mots ou d’images. Une des raisons de cette restriction était de préserver l’universalité de la technique : la respiration est commune et acceptable pour tous, tandis qu’un mot ou une image pourrait être acceptable pour certains et non pour d’autres.
Mais il est une raison plus importante pour observer seulement la respiration. Le processus tout entier est une exploration de la vérité sur soi-même, sur la structure psycho-somatique telle qu’elle est, non telle qu’on aimerait qu’elle soit. C’est une investigation de la réalité. Vous vous asseyez et vous fermez les yeux. Il n’y a ni bruit, ni perturbations extérieures, ni mouvement du corps. A ce moment-là l’activité principale en vous est la respiration. Vous commencez par observer cette réalité : le souffle naturel, tel qu’il entre et sort des narines. Quand il vous était impossible de percevoir ce souffle, il vous a été permis de respirer un peu plus fort, juste assez pour fixer votre attention dans la région des narines, et puis de nouveau vous êtes revenu à une respiration naturelle, normale et légère. Vous avez commencé par cette réalité grossière et apparente, et de là vous avez progressé plus profondément vers des réalités plus subtiles, vers l’ultime réalité. Tout au long du chemin, à chaque pas, vous demeurez avec la réalité dont vous faites l’expérience à ce moment-là, du plus grossier au plus subtil. Vous ne pouvez pas atteindre la vérité ultime en commençant ce travail avec quelque chose d’imaginaire. Vous vous enliseriez simplement dans l’imagination et l’illusion.
En ajoutant un mot à l’observation de la respiration, vous auriez concentré votre esprit plus rapidement, mais cela aurait comporté un danger. Chaque mot a une vibration particulière. En répétant un mot ou une phrase, on crée une vibration artificielle dans laquelle on s’engloutit. On crée une enveloppe de paix et d’harmonie à la surface de l’esprit, mais dans les profondeurs, les impuretés demeurent. La seule façon de se défaire de ces impuretés profondes est d’apprendre à les observer, à les ramener à la surface pour qu’elles puissent disparaître. Si on observe simplement telle ou telle vibration artificielle, on sera incapable d’observer les différentes vibrations naturelles liées à nos propres impuretés, c’est-à-dire d’observer les sensations qui se manifestent naturellement dans le corps. C’est pourquoi, alors que notre propos est d’observer notre propre réalité et de purifier notre esprit, l’usage d’un mot imaginaire peut créer des obstacles.
De même toute visualisation, toute représentation mentale d’une forme ou d’un objet, peut être un obstacle au progrès. La technique conduit à dissoudre la réalité apparente afin d’atteindre la réalité ultime. La réalité apparente, intégrée, est toujours pleine d’illusion, car c’est le niveau où opère sañña, la perception, qui est toujours déformée par les réactions passées. Cette perception conditionnée différencie et juge, engendrant préférences ou préjugés et nouvelles réactions. En désintégrant la réalité apparente, on arrive peu à peu à faire l’expérience de la réalité ultime de la structure psycho-somatique : il n’y a là que vibrations qui apparaissent et disparaissent à chaque instant. A ce point, aucune différenciation n’est possible, donc préférences et préjugés ne peuvent apparaître, ni réactions. La technique affaiblit graduellement la sañña conditionnée et affaiblit de ce fait les réactions, nous menant vers un état où il n’y a plus ni perception ni sensation, qui est l’expérience du nibbana. Mais en portant délibérément son attention sur une image, une forme, une vision, on demeure au niveau de l’apparence, de la réalité composée, et on ne peut la dépasser. C’est pourquoi il ne doit y avoir ni verbalisation ni visualisation.
Après avoir concentré votre esprit par l’observation du souffle naturel, vous avez commencé à pratiquer la méditation Vipassana afin de développer pañña, la sagesse, l’introspection de votre propre nature, qui purifie l’esprit. De la tête aux pieds, vous avez commencé à observer les sensations naturelles sur le corps, partant de la surface pour aller plus profondément, vous avez appris à percevoir les sensations à l’intérieur, sur la surface, dans chaque partie du corps.
Observer la réalité telle qu’elle est, sans à-priori, afin de désintégrer la vérité apparente et d’atteindre l’ultime vérité, ceci est Vipassana. Le propos de cette désintégration de la réalité apparente est de permettre au méditant de se défaire de l’illusion du “Moi”. Cette illusion est la racine même de toute avidité et de toute aversion, et mène à une grande souffrance. Intellectuellement, on peut accepter que c’est une illusion, mais cela ne suffit pas à mettre fin à la souffrance. En dépit de toutes croyances religieuses ou philosophiques, on demeure malheureux tant que l’égotisme persiste. Afin d’y mettre un terme, on doit faire l’expérience directe de la nature immatérielle, dénuée de substance, du phénomène psycho-somatique, en constant changement, hors de tout contrôle. Seule cette expérience peut dissoudre l’égotisme et permettre de se dégager du désir et de l’aversion, de la souffrance.
Cette technique est donc l’exploration, par expérience directe, de la réelle nature du phénomène que chacun appelle “je, moi”. Ce phénomène comporte deux aspects : physique et mental, corps et esprit. Le méditant commence par observer la réalité de son corps. Pour faire l’expérience de cette réalité, on doit sentir le corps, ce qui signifie être conscient des sensations à travers tout le corps. Cette observation du corps, kayanupassana, inclut donc nécessairement l’observation des sensations, vedananupassana. De la même manière, on ne peut faire l’expérience de la réalité de l’esprit indépendamment de ce qui se passe dans l’esprit. Cette observation de l’esprit, cittanupassana, inclut donc nécessairement l’observation du contenu mental, dhammanupassana.
Cela ne signifie pas que l’on doive observer les pensées individuelles. Si vous essayez de faire ainsi, vous allez vous laisser emporter par les pensées. Vous devez simplement demeurer conscient de la nature de l’esprit à ce moment-là : l’avidité, l’aversion, l’ignorance ou l’agitation sont-elles présentes ou non. Et, comme le découvrit le Bouddha, tout ce qui surgit dans l’esprit s’accompagne d’une sensation physique. C’est pourquoi, que le méditant explore l’aspect mental ou physique du phénomène du “Moi”, la conscience des sensations est essentielle.
Cette découverte est la contribution fondamentale du Bouddha, le pivot de son enseignement. En Inde, avant lui et parmi ses contemporains, beaucoup enseignaient et pratiquaient sila et samadhi. Pañña aussi existait, tout du moins la sagesse dévotionnelle ou intellectuelle : il était communément accepté que les impuretés mentales sont la source de toute souffrance, que le désir et l’aversion doivent être éliminés afin de purifier l’esprit et d’atteindre la libération. Le Bouddha a simplement trouvé le moyen de le faire.
Ce qui manquait était la compréhension de l’importance des sensations. Alors comme aujourd’hui, on pensait communément que nous réagissons aux objets des sens : vision, son, odeur, saveur, impression tactile et pensées. Toutefois l’observation de la réalité intérieure fait apparaître qu’entre l’objet et la réaction manque un lien : la sensation. Le contact d’un objet avec l’organe des sens correspondant donne naissance à une sensation; la sañña lui assigne une valeur positive ou négative, d’après laquelle la sensation devient plaisante ou déplaisante, et l’on réagit avec avidité ou aversion. Ce processus est si rapide que l’on ne s’en rend compte de manière consciente que lorsque la réaction s’est répétée maintes fois et a atteint une intensité suffisante pour submerger dangereusement l’esprit. Pour travailler sur les réactions, on doit en prendre conscience au moment de leur apparition; elles apparaissent avec les sensations, il faut donc être conscient de ces sensations. La découverte de ce fait, inconnu avant lui, a permis à Siddhattha Gotama d’atteindre l’illumination, et c’est pourquoi il a toujours insisté sur l’importance des sensations. La sensation peut conduire à des réactions de désir ou d’aversion, donc à la souffrance, mais la sensation peut aussi conduire à la sagesse par laquelle on cesse de réagir et on commence à se dégager de la souffrance.
Dans Vipassana, toute pratique qui interfère avec la conscience des sensations est préjudiciable, que ce soit la concentration par verbalisation ou visualisation, ou porter l’attention simplement sur les mouvements de son corps ou sur les pensées qui surgissent dans l’esprit. Vous ne pouvez pas vous libérer de la souffrance sans aller à sa source : les sensations.
La technique de Vipassana fut expliquée par le Bouddha dans le Satipatthana Sutta, le “Discours sur les fondements de l’attention”. Ce discours comporte plusieurs parties qui traitent des différents aspects de la technique : l’observation du corps, des sensations, de l’esprit et du contenu mental. Cependant chaque subdivision du discours se conclut par les mêmes mots. Il peut y avoir différents points de départ à la pratique, mais qu’importe où il commence, le méditant doit passer par certaines étapes, certaines expériences sur le chemin qui mène au but final. Ces expériences, essentielles à la pratique de Vipassana, sont décrites dans les phrases répétées en conclusion de chaque section.
La première étape essentielle est celle où est faite l’expérience de l’apparition (samudaya) et de la disparition (vaya) séparément. A ce niveau, le méditant est conscient de la réalité solide, intégrée, sous forme de sensations grossières dans tout le corps. On est conscient d’une sensation, peut-être une douleur, qui apparaît. Elle semble demeurer quelque temps, et finalement disparaît.
Au-delà de cette étape, on atteint le point de samudaya-vaya, où l’on fait l’expérience simultanée de l’apparition et de la disparition, sans intervalle. Les sensations grossières, consolidées se sont dissoutes en vibrations subtiles qui apparaissent et disparaissent avec une grande rapidité, et la solidité de la structure psycho-somatique disparaît. Ce qui était émotion solide, intense, sensation solide, intense, s’est dissout et il ne reste plus que vibrations. C’est l’état de bhanga, la dissolution, où l’on fait l’expérience de la vérité ultime de l’esprit et de la matière : apparition et disparition constantes, sans aucune solidité.
Cette étape de bhanga est très importante sur la voie, parce que ce n’est qu’après avoir fait l’expérience de sa dissolution que l’attachement à la structure psycho-somatique disparaît. On devient alors détaché quelle que soit la situation; autrement dit on atteint l’état de sankhara-upekkha. Des impuretés très profondes, sankhara, ensevelies dans l’inconscient, commencent alors à apparaître à la surface de l’esprit. Ce n’est pas une régression; c’est un progrès, car à moins de se manifester à la surface, les impuretés ne peuvent être éliminées. Elles apparaissent, on les observe avec équanimité, et elles disparaissent l’une après l’autre. On use des sensations grossières, désagréables, comme d’un outil pour éliminer notre vieux stock de sankhara d’aversion; on use des sensations subtiles, agréables, comme d’un outil pour éliminer notre vieux stock de sankhara de désir. En maintenant ainsi conscience et équanimité avec chaque expérience, on purifie l’esprit de tous les profonds complexes, et l’on se rapproche progressivement du but, nibbana, la libération.
Quel que soit le point de départ, on doit passer par toutes ces étapes avant d’atteindre le nibbana. Combien de temps chacun prendra pour atteindre le but dépendra de combien chacun travaille, et de la quantité de sankhara accumulés par le passé que chacun doit éliminer.
Toutefois, dans chaque cas, chaque situation, l’équanimité fondée sur la conscience des sensations est essentielle. Les sankhara prennent naissance au niveau des sensations physiques. En demeurant équanime envers les sensations, vous empêchez la création de nouveaux sankhara et vous éliminez également les anciens. Ainsi, en observant les sensations avec équanimité, vous progressez graduellement vers le but final de la libération de toute souffrance.
Travaillez sérieusement. Ne faites pas de la méditation un jeu, vous bornant à essayer superficiellement une technique après l’autre, sans jamais aller au fond d’aucune. Car si vous faites cela, vous ne dépasserez jamais les étapes initiales de chaque technique, et vous n’atteindrez jamais le but final. Vous pouvez bien entendu essayer différentes techniques afin de trouver celle qui vous convient le mieux. Vous pouvez aussi faire deux ou trois essais de cette technique, si nécessaire. Mais ne perdez pas votre vie entière à faire des essais. A partir du moment où vous trouvez une technique qui vous convient, travaillez sérieusement afin de progresser vers le but final.
Puissent tous ceux qui souffrent à travers le monde trouver le chemin qui mène hors de la misère.

Puissent tous les êtres être heureux !

11ème JOUR

Comment continuer la pratique après la fin du cours.

En continuant à travailler jour après jour, nous sommes arrivés au terme de ce séminaire sur le Dhamma. Lorsque vous avez commencé ce travail, il vous a été demandé de vous en remettre complètement à la technique et à la discipline du cours. Sans cet abandon, vous n’auriez pas pu faire un essai loyal de la technique. Dix jours ont maintenant passé; vous êtes votre propre maître. De retour chez vous, vous reverrez calmement ce que vous avez fait ici. Si vous trouvez que ce que vous avez appris ici est pratique, logique et bénéfique pour vous-même et les autres, vous devriez alors l’accepter, non pas parce que quelqu’un vous a demandé de le faire, mais de votre propre chef, de plein gré; non pas seulement pour dix jours, mais pour votre vie entière.
Cette acceptation ne doit pas rester simplement au niveau intellectuel ou émotionnel. On doit accepter le Dhamma au niveau des faits, en l’appliquant, en l’intégrant à notre vie, parce que seule la pratique effective du Dhamma procurera des bienfaits tangibles dans la vie quotidienne.
Vous avez participé à ce cours pour apprendre à pratiquer le Dhamma, à vivre une existence empreinte de moralité, de maîtrise de l’esprit, de pureté de l’esprit. Chaque soir, vous avez pu écouter des propos sur le Dhamma dans le simple but de clarifier la pratique. Il est nécessaire de comprendre ce que l’on fait et pourquoi on le fait afin de ne pas être dérouté ni de travailler d’une façon erronée. Cependant, dans l’explication de la pratique, inévitablement certains aspects de la théorie ont été mentionnés, et comme des personnes différentes de milieux différents viennent à un cours, il est tout à fait possible que certaines aient trouvé inacceptable une partie de la théorie. Si tel est le cas, ne vous en faites pas, laissez-la de côté. Plus importante est la pratique du Dhamma. Personne ne peut avoir d’objection à vivre une existence qui ne nuise pas aux autres, à acquérir la maîtrise de son esprit, à libérer l’esprit de ses souillures et à rayonner d’amour et de bonne volonté. La pratique est universellement acceptable et tel est l’aspect le plus significatif du Dhamma, car tout bienfait que l’on obtiendra ne proviendra pas de théories mais de la pratique, de l’application du Dhamma dans notre vie.
En dix jours on ne peut acquérir qu’un aperçu général de la technique; on ne peut pas s’attendre à la pratiquer parfaitement aussi vite. Mais même cette brève expérience ne doit pas être sous-évaluée : vous avez fait le premier pas, un pas très important bien que le voyage soit long; en fait il s’agit du travail de toute une vie.
Une graine de Dhamma a été semée, s’est mise à germer et est devenue une plante. Un bon jardinier s’occupe tout spécialement d’un jeune plant et, grâce aux soins qu’il reçoit, ce petit plant se transforme progressivement en un arbre immense au tronc épais et aux profondes racines. Alors, au lieu de demander des soins, il ne cesse de donner, de rendre service le restant de sa vie.
Ce petit plant de Dhamma demande des soins actuellement. Protégez-le des critiques des autres en faisant la distinction entre la théorie, à laquelle certains pourraient trouver à redire, et la pratique qui est acceptable par tous. Ne permettez pas à de telles critiques de vous empêcher de pratiquer. Méditez une heure le matin et une heure le soir. Cette pratique quotidienne et régulière est essentielle. A priori consacrer deux heures par jour à la méditation peut sembler un lourd fardeau, mais bientôt vous verrez que vous gagnez beaucoup de temps qu’auparavant vous gaspilliez. D’abord vous n’aurez pas besoin de dormir aussi longtemps. Ensuite vous serez capable de faire votre travail plus vite parce que votre capacité de travail augmentera. Lorsqu’un problème se posera, vous resterez calme et serez capable de trouver immédiatement la bonne solution. A mesure que vous vous établirez dans la technique, vous vous apercevrez qu’après avoir médité le matin vous êtes plein d’énergie tout au long de la journée, sans aucune agitation.
Lorsque vous allez au lit le soir, pendant cinq minutes soyez conscient des sensations partout dans le corps avant de vous endormir. Le lendemain matin, des que vous vous éveillez, observez à nouveau les sensations pendant cinq minutes. Ces quelques minutes de méditation immédiatement avant de vous endormir et après votre réveil s’avèreront très utiles.
Si vous habitez dans une région où il y a d’autres méditants Vipassana, méditez ensemble une heure une fois par semaine. Et une fois par an une retraite de dix jours est nécessaire. La pratique quotidienne vous permettra de préserver ce que vous avez acquis ici, mais une retraite est essentielle pour aller plus profond; il y a encore un long chemin à parcourir. Si vous pouvez participer à un cours organisé tel que celui-ci, très bien. Sinon vous pouvez encore faire une retraite individuelle. Faites un cours individuel de dix jours là où vous pouvez être isolé des autres et où quelqu’un peut vous préparer vos repas. Vous connaissez la technique, l’emploi du temps, la discipline; vous devez vous imposer tout cela maintenant. Si vous désirez prévenir votre enseignant que vous commencez un cours individuel, je me souviendrai de vous et vous enverrai ma metta, vibrations d’amour et de sympathie; ceci aidera à instaurer une atmosphère propice dans laquelle vous pourrez mieux travailler. Cependant, si vous n’avez pas informé votre enseignant, ne croyez pas que vous serez sans soutien. Le Dhamma lui-même vous protègera. Vous devez atteindre progressivement un état d’autonomie. L’enseignant n’est qu’un guide; vous devez être votre propre maître. Toujours dépendre de quelqu’un n’est pas la libération.
La méditation quotidienne de deux heures et les retraites annuelles de dix jours ne sont que le minimum nécessaire à l’entretien de la pratique. Si vous avez plus de temps libre, le mieux est de l’utiliser pour la méditation. Vous pouvez faire des retraites plus courtes, d’une semaine ou de quelques jours, ou même d’un jour. Pendant ces petits cours, consacrez le premier tiers de votre temps à la pratique d’Anapana, et le reste à Vipassana.
Dans votre méditation quotidienne, utilisez la plupart de votre temps à la pratique de Vipassana. C’est seulement si votre esprit est agité ou paresseux, ou si pour telle ou telle raison, il est difficile d’observer les sensations, que vous pouvez pratiquer Anapana aussi longtemps que nécessaire.
Lorsque vous pratiquez Vipassana, veillez à ne pas jouer au jeu des sensations, exalté par celles qui sont agréables et déprimé par celles qui sont désagréables. Observez chaque sensation objectivement. Maintenez votre attention en mouvement systématiquement à travers le corps, sans lui permettre de rester longtemps sur une partie. Un maximum de deux minutes suffit pour chaque partie, voire cinq minutes dans de rares cas, mais jamais plus. Maintenez votre attention en mouvement afin de conserver la conscience des sensations sur toutes les parties du corps. Si la pratique commence à devenir mécanique, changez votre façon de déplacer l’attention. Dans chaque situation restez conscient et équanime et vous ferez l’expérience des merveilleux bienfaits de Vipassana.
Dans la vie active également vous devez appliquer la technique, pas seulement lorsque vous êtes assis les yeux fermés. Lorsque vous travaillez, toute votre attention doit se porter sur votre travail : considérez-le comme votre méditation du moment. Mais si vous avez du temps libre, ne serait-ce que cinq ou dix minutes, passez-le dans la conscience des sensations; lorsque vous reprendrez votre travail vous vous sentirez plus frais. Veillez cependant à garder les yeux ouverts lorsque vous méditez en public, en présence de non-méditants; ne faites jamais un spectacle de la pratique du Dhamma.
Si vous pratiquez Vipassana correctement, un changement en mieux doit se produire dans votre vie quotidienne. Vous devriez contrôler votre progrès sur le chemin en évaluant votre conduite dans les situations quotidiennes, votre comportement et vos rapports avec les autres. Au lieu de nuire aux autres, avez-vous commencé à les aider? Lorsque se présentent des situations contraires, restez-vous calme? Si une négativité apparaît dans votre esprit, avec quelle rapidité prenez-vous conscience des sensations qui accompagnent cette négativité? Avec quelle rapidité vous mettez-vous à observer ces sensations? Avec quelle rapidité retrouvez-vous votre calme mental et vous mettez-vous à rayonner amour et compassion? Examinez-vous de cette façon et poursuivez votre progression sur le chemin.
Quels que soient les résultats que vous avez obtenus ici, non seulement préservez-les mais faites-les croître. Continuez à appliquer le Dhamma dans votre vie. Jouissez des bienfaits de cette technique et vivez une existence heureuse, paisible, harmonieuse, bonne pour vous et pour tous les autres.
Un mot de mise en garde : vous pouvez fort bien dire à d’autres ce que vous avez appris ici; il n’y a jamais rien de secret dans le Dhamma. Mais, à ce point, n’essayez pas d’enseigner la technique. Avant de le faire on doit avoir mûri dans la pratique et avoir été formé pour enseigner. Sinon le danger existe de faire du mal aux autres au lieu de les aider. Si quelqu’un à qui vous avez parlé de Vipassana souhaite pratiquer, encouragez cette personne à participer à un cours organisé tel que celui-ci, sous la direction d’un guide approprié. Pour l’instant, continuez à travailler pour vous établir dans le Dhamma. Continuez à croître dans le Dhamma et vous constaterez que par l’exemple de votre vie vous attirez automatiquement d’autres personnes sur la voie.
Que le Dhamma se répande de part le monde pour le bien et le profit du plus grand nombre.

Puissent tous les êtres être heureux, paisibles, libérés!